Simple dames

Tennis: Serena Williams ne peut plus se cacher

Son association avec Andy Murray en double mixte a dévié l’attention et fait oublier que Serena Williams peut égaler le record de Margaret Court Smith si elle bat Simona Halep samedi en finale de Wimbledon

Serena Williams n’a pas eu le moindre problème à se défaire du jeu atypique de Barbora Strykova (6-1 6-2). La Californienne visera samedi un huitième Venus Rosewater Dish (le plateau d’argent remis à la lauréate du simple dames) face à la Roumaine Simona Halep, qui n’a pas éprouvé plus de difficultés face à Elina Svitolina (6-1 6-3). Ce serait le 24e titre en Grand Chelem pour Serena Williams, qui égalerait le vieux record de l’Australienne Margaret Court Smith.

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Bien entendu, l’Américaine nie être tendue en raison de cet objectif, après lequel elle court depuis maintenant près de deux ans. Difficile, pourtant, de ne pas faire le lien entre ses échecs récents en finale et la perspective de ce record. Imbattable en finale depuis le début de sa collaboration avec Patrick Mouratoglou (13 victoires consécutives depuis janvier 2012), elle a calé à partir de la fin 2015 et de son 21e titre. Elle en est aujourd’hui à 23, deux de plus, mais récoltés en six finales. «La question n’est pas tellement d’en gagner 24, ou 23, ou 25, mais bien de monter sur le court et de donner le meilleur de moi-même. Quoi qu’il advienne, j’aurai toujours réalisé une très grande carrière. Ce matin [avant sa demi-finale], j’étais très calme», assurait-elle jeudi en conférence de presse.

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L’art de faire diversion

A confirmer samedi face à Halep, mais Serena Williams est effectivement très sereine dans ce Wimbledon. De manière très intelligente, elle a dévié l’attention du public et des médias en participant au double mixte aux côtés d’Andy Murray. Diminué par des douleurs chroniques à la hanche, l’Ecossais voulait faire une dernière apparition dans un tournoi qu’il a remporté deux fois en simple. Le couple a fait sensation durant dix jours. Il a beaucoup été question d’Andy, ou de Serena avec Andy, mais jamais de Serena et du record de Margaret Court. Pour ne rien gâcher, l’expérience n’est pas allée trop loin (défaite mercredi au troisième tour) et lui a permis de travailler son petit jeu d’attaque et sa volée.

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Elle avait déjà mis à profit les mois précédents pour renforcer son mental. Le dernier numéro du magazine Harper’s Bazaar nous apprend ainsi qu’après la finale de l’US Open 2018, perdue contre Naomi Osaka (à qui elle a adressé une lettre ouverte regrettant que son emportement envers l’arbitre de chaise eut fait de la Japonaise une victime collatérale), Serena Williams entreprit de consulter un thérapeute. «Je cherchais des réponses et, même si j’avais le sentiment de progresser, je n’étais pas prête à prendre à nouveau ma raquette.»

Ce passé compliqué semble désormais derrière elle. Il faudra bien cela pour contrer une Simona Halep qui ne la craint pas outre mesure. «Je sais qu’à chaque fois que j’ai joué contre elle, j’ai toujours eu ma chance», rappelle sans forfanterie la sympathique Roumaine, qui ne déteste pas jouer le rôle de la briseuse de rêve. «Je vais jouer pour gagner, pas pour la faire perdre, mais une finale face à Serena est toujours assez confortable dans la mesure où elle est toujours la favorite logique.»

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Sources d’inspiration

A 37 ans, le même âge que Roger Federer, mais avec une maternité prolongée de lourdes complications, la performance est remarquable. Serena Williams explique sa longévité par les progrès des techniques médicales et de la technologie sportive. «Nous connaissons beaucoup mieux notre corps qu’il y a une vingtaine d’années. Il y a des quantités de choses que je fais différemment qu’à mes débuts et qui me permettent de prolonger ma carrière. On le voit avec d’autres champions comme Roger [Federer], Tiger [Woods] évidemment, Tom Brady et Peyton [Manning, deux joueurs de football américain]. C’est très inspirant pour moi.»

Serena Williams est elle-même une source d’inspiration pour de nombreuses femmes. L’an dernier, après sa finale perdue contre Angelique Kerber dix mois après son accouchement, elle avait dédié son parcours «à toutes les mères qui se battent et avancent». Et cette fois? «Je ne sais pas. Je ne m’attendais pas à revenir en finale. Je vais jouer pour tous ceux qui ne s’attendaient pas à me revoir.»

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