Omniprésent, le tennis suisse. Les amateurs de ce sport qui avaient vendredi l'occasion de s'installer devant leur poste de télévision ont pu assister, sur Eurosport, à une revue d'effectif presque complète de l'élite helvétique. Dans le détail, il y a eu tout d'abord deux rencontres de quarts de finale du tournoi ATP de Marseille programmées l'après-midi, la première entre Roger Federer et le Français Arnaud Clément retransmise en direct et la suivante entre Marc Rosset et l'Italien Gianluca Pozzi diffusée en léger différé. La journée suisse de tennis sur la chaîne européenne de sport s'est conclue en soirée par un résumé de l'affrontement qui avait vu aux prises la nuit précédente Martina Hingis et Steffi Graf.

On l'a dit à l'issue de la victoire de Roger Federer au mois de décembre dernier à l'Orange Bowl, inofficiel championnat du monde juniors: le tennis suisse est béni des dieux. Alors que deux de ses représentantes occupent le devant de la scène sur le circuit féminin, Martina Hingis et Patty Schnyder pour ne pas les nommer, le numéro un helvétique Marc Rosset, engagé désormais dans la partie finale de son parcours professionnel, peut se réjouir de l'arrivée d'une relève efficace à un moment où il est encore capable des plus grands exploits. Pour une nation de taille modeste, c'est à n'en pas douter une incroyable aubaine.

La confirmation de ces perspectives favorables n'a pas tardé. Si Patty Schnyder a déçu aux Internationaux d'Australie en étant éliminée dès le deuxième tour par la future finaliste Amélie Mauresmo et fait surtout parler d'elle en raison de problèmes avec son encadrement, elle a également démontré en janvier par sa victoire au tournoi de Brisbane, la sixième de sa carrière, que les bonnes dispositions affichées la saison dernière n'avaient pas complètement disparu. Comme la joueuse bâloise, Martina Hingis a défrayé la chronique en dehors du court en se laissant aller à des déclarations particulièrement maladroites, mais on retiendra avant tout à son sujet sa très rapide progression tant à Melbourne que cette semaine à Tokyo sur la route menant à une place de numéro un mondiale qu'elle n'aurait jamais dû abandonner à Lindsay Davenport.

Même si l'écart entre joueuses et joueurs a tendance à se réduire en ce qui concerne la densité de l'élite, il est, encore à l'heure actuelle, plus difficile d'obtenir des résultats réguliers au plus haut niveau chez les hommes que chez les femmes, et c'est pourquoi il faut considérer avec un grand respect les performances accomplies par Marc Rosset en ce début d'année. Battu d'extrême justesse par le vainqueur du Masters Alex Corretja à Sydney, le Genevois a, on s'en souvient, atteint les quarts de finale des Internationaux d'Australie et il prouve maintenant à Marseille que les victoires remportées aux antipodes ne constituaient pas qu'un feu de paille. Après une reprise de contact un peu laborieuse avec les conditions de jeu sur court couvert, Rosset s'est révélé très convaincant tant en huitième de finale contre le Danois Kenneth Carlsen que vendredi contre Pozzi. Ce dernier succès est de bon augure non seulement pour la suite d'un tournoi que le protégé de Pierre Simsolo à déjà enlevé deux fois, en 1993 et en 1994, mais également en prévision de la rencontre de premier tour du groupe mondial de Coupe Davis entre la Suisse et l'Italie qui se déroulera du 2 au 4 avril prochain à Neuchâtel.

Au contraire de Marc Rosset, Roger Federer n'est pas parvenu à franchir le cap des quarts de finale de l'Open 13 de Marseille, mais il serait étonnant qu'il ne soit pas lui aussi sélectionné en simple pour affronter les Transalpins. C'est certain, le jeune Bâlois a déçu face à Arnaud Clément. Nerveux, peu efficace au service, le numéro un mondial juniors 1998 ne s'est pas montré assez lucide contre un adversaire qui avait choisi de jouer presque exclusivement sur son revers et a manqué ainsi une belle occasion d'atteindre pour la première fois de sa carrière les demi-finales d'un tournoi ATP. Ce n'est certainement que partie remise, et ce que l'on doit retenir du séjour de Federer dans les Bouches-du-Rhône, ce sont en premier lieu les succès remportés de haute lutte aux dépens de Carlos Moya, cinquième joueur mondial, et de Jérôme Golmard. Après une escapade en Australie dont l'utilité n'était pas évidente, et qui l'a vu se faire éliminer sans gloire dès le premier tour des qualifications, le Bâlois s'est vite repris et, à moins de 18 ans, il a encore beaucoup de temps devant lui pour apprendre à supporter la succession de rencontres de haut niveau.