Wimbledon

Le tennis suisse est-il le meilleur du monde?

Quatre joueurs suisses sont qualifiés pour les huitièmes de finale du tournoi de Wimbledon. Bencic, Bacsinszky, Federer et Wawrinka font aussi bien, et souvent mieux, à quatre que la plupart des grandes puissances du tennis avec quinze ou vingt joueurs. Le secret de la méthode suisse? Garder les pieds sur terre et se réjouir des succès de ses compatriotes

La belle efficience du tennis suisse

Wimbledon Quatre Suisses à l’appel des huitièmes de finale

Bacsinszky, Bencic, Federer et Wawrinka étonnent le monde

A Wimbledon, le second lundi du tournoi est connu comme le Super Monday, celui où tous les huitièmes de finale, hommes et femmes, sont programmés. Seize matches d’un coup. Après trois tours, il ne reste plus que 32 joueuses et joueurs sur les 256 en lice. Dont quatre Suisses. Par ordre alphabétique, Timea Bacsinszky affrontera la Roumaine Monica Niculescu; Belinda Bencic, la Biélorusse Victoria Azarenka; Roger Federer l’Espagnol Roberto Bautista-Agut et Stanislas Wawrinka le Belge David Goffin.

C’est la première fois que le tennis helvétique place quatre représentants en deuxième semaine d’un tournoi du Grand Chelem. Il y en avait déjà eu trois en 2005 à Roland-Garros (Patty Schnyder, Emmanuelle Gagliardi et Roger Federer). La Suisse a même déjà compté trois fois trois qualifiés en quart de finale (Schnyder, Hingis, Federer à l’Open d’Australie 2006; Bencic, Federer, Wawrinka à l’US Open 2014 et Bacsinszky, Federer, Wawrinka le mois dernier à Roland-Garros).

Seuls les Américains seront plus nombreux (cinq, dont quatre filles) mais les Etats-Unis comptaient 22 représentants au départ. La Suisse seulement cinq, avec l’Argovienne Stefanie Vögele, éliminée au premier tour par l’Américaine Madison Keys. Le vrai miracle du tennis suisse est ici, dans cet incroyable taux de réussite: 80% de rescapés quand sept inscrits sur huit sont rentrés à la maison. Dans les grandes nations du tennis, l’Espagne n’a plus que deux joueurs sur 16 au départ, la France deux (garçons) sur 15, l’Australie un (Kyrgios) sur 17 et l’Allemagne zéro sur 18!

La Suisse serait bien en peine d’aligner autant de joueurs. Pour reprendre le mantra des usagers du métro de Londres, «Mind the gap, please». Derrière ce quatuor à cordes, c’est le vide. Federer et Wawrinka sont les seuls Suisses du Top 10, mais aussi du Top 100 et du Top 200. Sur les listings de l’ATP, il faut descendre près de la 300e place pour retrouver des drapeaux rouges à croix blanche: Laaksonen 298e, Chiudinelli 292e, Marti 295e.

A titre de comparaison, il y a 11 Espagnols dans le Top 100 alors que 30 joueurs français sont classés entre Wawrinka et Laaksonen. Le phénomène est identique – quoiqu’un peu moins marqué – à la WTA. Stefanie Vögele est 104e, Romina Oprandi 163e. Viktorija Golubic et Xenia Knoll sont au-delà de la 200e place, les autres gravitent dans les 300. Le Top 100 compte notamment 12 Américaines, 7 Russes, 4 Espagnoles.

La force du tennis suisse, c’est donc de faire de ses quelques joueurs de pointe de grands champions. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de casse (Stéphane Bohli avait remporté l’Orange Bowl à 16 ans, Roman Valent le tournoi junior de Wimbledon), ni que Swiss Tennis fait forcément un travail remarquable. Chaque parcours est différent, mais l’on retrouve chez tous quelques valeurs communes: le goût du travail, la volonté de se perfectionner, et un certain patriotisme propre aux petites nations qui pousse chacun à se réjouir des succès des autres. «Il n’y a pas de jalousie entre nous», soulignait samedi Timea Bacsinszky samedi.

Après sa défaite en finale de la coupe Davis à Lille en novembre 2014, le tennis français se lança dans une remise en question sur le thème: pourquoi eux et pas nous? Un épisode de la finale avait profondément marqué les Bleus: le fait que les Suisses aient osé appeler un spécialiste du double en renfort. L’engagement, pour une pige exceptionnelle, de l’entraîneur des frères jumeaux Bryan, considéré comme le meilleur entraîneur de double du monde, serait impensable en France. Trop de certitudes, trop de staff déjà sous contrat, trop de corporatisme pour s’en remettre à une compétence extérieure au sérail, à choix.

A Roland-Garros, Severin Lüthi était dans le camp de Federer lors de son quart de finale contre Wawrinka, puis avec Stan pour la finale. Roger a permis à Stan de bénéficier des conseils de Pierre Paganini puis de Severin Lüthi. Son premier entraîneur, Dimitri Zavialoff, conseille depuis deux ans Timea Bacsinszky. Quant à Belinda Bencic, elle est entraînée par Melanie Molitor, la mère de Martina Hingis, qui n’est jamais très loin. Bref, le savoir circule.

Bien sûr, Federer est unique, exceptionnel et ne sera pas éternel. Mais Martina Hingis aussi et cela n’a pas empêché la Suisse de continuer à gagner. Cela fait désormais un quart de siècle que les résultats sont surdimensionnés: 24 titres du Grand Chelem, 2 numéros 1 mondiaux, 2 titres olympiques, 1 coupe Davis, 1 finale de Coupe Davis, 1 finale de Fed Cup. Cette saison, le quatuor a déjà remporté 10 titres: 4 pour Federer, 3 pour Wawrinka, 2 pour Bacsinszky, 1 pour Bencic. Chez les hommes, la Suisse est le pays qui compte le plus de titres cette saison, à égalité avec l’Espagne (7 titres) mais devant la Serbie (5), la France (4), la Grande-Bretagne (3). Chez les dames, Bacsinszky et Bencic totalisent 3 titres. Elles font aussi bien que les Russes, les Italiennes et les Allemandes et font à peine moins bien que Serena Williams et la République tchèque (4). Et il reste une semaine.

Le plus impressionnant c’est que la Suisse ait encore quatre qualifiés sur seulement cinq inscrits au départ

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