«Alinghi» a dévoilé, vendredi, l'existence d'une lettre, reçue le 16 décembre dernier, menaçant plusieurs membres du Défi suisse ainsi que leur famille. Ces menaces, émanant visiblement d'un groupe de patriotes extrémistes, visent essentiellement les anciens membres de Team New Zealand, les accusant de «trahir» leur pays.

La police, qui a ouvert une enquête, n'a pas voulu que soit divulgué le nom de groupe que se sont donné les auteurs anonymes. «Nous prenons ces menaces très au sérieux, insiste Jeoff Baraclough, représentant de la police néo-zélandaise. Nous espérons découvrir qui est derrière cette lettre. Nous avons plusieurs pistes.» Les auteurs précisent qu'ils ont suivi les faits et gestes de plusieurs membres d'Alinghi et de leur famille et qu'ils n'hésiteront pas, si nécessaire, à recourir à des actes de violence. La lettre identifie clairement certaines personnes ayant de jeunes enfants.

Depuis leur départ de Team New Zealand, en mai 2000, les Néo-Zélandais d'Alinghi sont régulièrement la cible de propos désagréables, se faisant traiter de «traîtres». «Nous en avons assez de ces attaques envers nos marins et, avec cette lettre, cela a dépassé les bornes, s'indigne le Genevois Michel Bonnefous, directeur exécutif du Défi helvétique. Nous sommes profondément choqués par ces menaces proférées contre nos membres et contre des enfants. C'est tout à fait inacceptable! Il y a, depuis plusieurs mois, un mode de communication qui sert de fondement à ce genre de lettres et nous souhaitons que cela cesse.» Et d'insister sur le fait qu'«il s'agit d'une compétition de voile avec des sportifs de haut niveau et que rien ne justifie de telles agressions.»

Le Genevois fait allusion au ton de la presse néo-zélandaise qui alimente une certaine animosité envers les «kiwis» du Défi suisse; à la campagne de soutien de Team New Zealand sur le thème de «loyal»; et enfin au mouvement «Blackhearts», représentant des personnalités du monde des affaires, du sport et du show-business et dont l'objectif avoué consiste à «déstabiliser les traîtres». «Nous n'avons jamais parlé des lettres que nous recevons de «Blackhearts», estimant que ce serait leur faire de la publicité, mais cette lettre-ci est d'une violence inouïe. Il arrive un moment où il faut s'élever contre ce genre de choses», souligne encore Michel Bonnefous. Selon la police, il n'y a, a priori, aucun lien entre les auteurs de cette lettre et le mouvement «Blackhearts». Même si aucune piste n'est écartée.