«Aider des gens dans cette situation n'est qu'une question de bon sens! On ne réfléchit pas longuement sur le changement de direction.» La face sud de l'Annapurna (8091 mètres) ne sera pas vaincue ce printemps. A l'aube de sa deuxième tentative, le Bernois Ueli Steck a été contraint à l'abandon au terme d'une semaine dramatique, dont il témoigne au Temps par e-mail.

Accompagné du Valaisan Simon Anthamatten, l'alpiniste a rejoint l'Himalaya le 26 mars dans le but de conquérir la face sud du 8000, connue pour sa rudesse. Depuis le 5 mai, les deux Suisses attendaient à quelque 6000 mètres le moment opportun pour entamer l'ascension finale mais la météo les retenait.

Or, lundi 19 mai, les alpinistes ont reçu un appel à l'aide en provenance d'un camp de base situé à l'est du sommet et occupé par une équipe d'alpinistes espagnols, roumains et russes. Deux d'entre eux, parmi lesquels le chevronné Inaki Ochoa, 40 ans, étaient au camp 4, à 7400 mètres, lorsque l'Espagnol s'est évanoui, terrassé par la fatigue. Ueli Steck et son collègue, gênés par une visibilité quasi nulle, ont eu besoin de trois jours pour les rejoindre. En vain. Le vendredi, le guide espagnol a succombé. Ueli Steck raconte: «Cette situation était folle, dramatique. Nous sommes restés plusieurs jours là-haut, désireux de ramener Inaki vivant. Nous avons passé des heures interminables dans ce camp. J'ai aussi pensé à nous. Il nous fallait redescendre, malgré la météo.»

Pour Ueli Steck, c'est un deuxième échec sur l'Annapurna. L'an dernier sur cette même face, l'alpiniste bernois avait chuté sur 300 mètres touché par une pierre. La mort était passée très proche.

Médaille du mérite

Cette fois-ci, les conditions sont fort différentes mais le résultat est le même. Il faut abandonner et rentrer en Suisse. «Une tentative de sauvetage comme celle-là use beaucoup de nerfs et d'énergie», explique-t-il. «J'ai dormi environ sept heures durant toute la semaine. J'aurai besoin d'une dizaine de jours pour récupérer. Et ensuite la mousson commence ici.» Pense-t-il déjà à une troisième tentative d'ascension? «Posez-moi la question dans un mois ou deux. Pour l'instant j'ai besoin d'une pause.» Ueli Steck et Simon Anthamatten recevront une médaille de mérite sportif de la province espagnole de Navarre pour les risques encourus et le courage manifesté lors de ce drame.