Coupe du monde

La terrible désillusion de l'équipe de Suisse

Incapable de se sublimer ni de se révolter face à des Suédois attentistes, la Nati sort la tête basse du Mondial russe où elle devait prouver son passage dans une nouvelle dimension. Elle a échoué

Plus hautes sont les attentes, plus violente est la chute. L’équipe de Suisse de football paraissait mûre pour, enfin, briser le plafond de verre des huitièmes de finale de la Coupe du monde. Ses joueurs et son staff en étaient convaincus depuis longtemps. Ils avaient réussi à en persuader les observateurs et l’opinion publique. Mais ils ont échoué, mardi après-midi à Saint-Pétersbourg, en s’inclinant sur le plus petit des scores possibles contre la Suède (1-0). Cette vilaine partie dans un stade magnifique, construit dans une ville qui l’est plus encore, clôt l’aventure suisse en Russie et laisse les supporters à une amère déception qu’ils connaissent trop bien.

Ils l’ont déjà ressentie lors des Coupes du monde 2006 (défaite contre l’Ukraine aux tirs au but après 120 minutes d’un football incroyablement pauvre) et 2014 (contre une Argentine minimaliste qui n’avait fait la différence qu’en prolongations). Ils l’ont ravalée, digérée et oubliée en voyant les hommes de Vladimir Petkovic réussir un bel Euro 2016, puis une incroyable série de 25 matchs émaillée d’une seule défaite (contre le Portugal). Ils l’ont à leur grand désarroi retrouvée intacte en Russie, en voyant leurs favoris incapables de remporter leur premier match à élimination directe.

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La patience scandinave

Ce Mondial devait leur permettre de prouver qu’ils avaient franchi un cap. Qu’ils avaient progressé en tant qu’équipe. Que leur sixième place au classement FIFA voulait dire quelque chose. Ils ont échoué. Comme le relevait Xherdan Shaqiri à chaud, l’Espagne, l’Allemagne et le Portugal ont pris la porte avant eux. Bien sûr. Mais l’occasion de faire un bout de chemin n’en était que plus belle. Cette génération voulait croire qu’elle n’avait pas de limites. Elle a buté sur le même obstacle que les précédentes.

En conférence de presse, le sélectionneur Vladimir Petkovic ne minimisait pas la désillusion. «C’est une immense déception. Surtout que nous avons vu que nous pouvions passer, mais nous n’en avons pas assez fait, il fallait provoquer plus.» Le défenseur Johan Djourou, titularisé pour la première fois de la Coupe du monde, partageait son avis: «Il a manqué de la folie, des un contre un, l’envie de provoquer quelque chose…»

Les Scandinaves, eux, s’étaient préparés à faire preuve de patience. Sans doute se disaient-ils que s’il fallait en passer par les prolongations, voire une séance de tirs au but, ce n’était pas bien grave. Mais ils n’ont pas eu à attendre aussi longtemps: lors de leurs quelques incursions dans le camp helvétique, ils ont plusieurs fois réussi à se ménager l’espace nécessaire pour tirer. Trop passive à quelques reprises, la défense suisse a été punie à la 66e minute de jeu sur une frappe d’Emil Forsberg qui, pour prendre Yann Sommer à contre-pied, a été déviée par Manuel Akanji… Terrible épilogue pour le jeune stoppeur du Borussia Dortmund, auteur de belles performances pendant le tournoi. Au coup de sifflet final, il est parti dans un tel torrent de larmes que plusieurs Suédois sont venus le réconforter.

Réaction insuffisante

Même après cette ouverture du score et malgré les entrées en jeu de Haris Seferovic et Breel Embolo, l’équipe de Suisse ne s’est guère montrée dangereuse en fin de rencontre. Point ici de la révolte observée contre la Serbie ou le Brésil, quand déjà les protégés de Vladimir Petkovic avaient concédé le premier but. Les deux leaders techniques de l’équipe de Suisse, Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, sont passés à côté de leurs huitièmes de finale, laissant leurs coéquipiers orphelins de leurs coups de génie. «La Suède a vraiment bien géré son match, en équipe, saluait l’attaquant de poche à la fin de la partie. Pour nous, cela a été extrêmement difficile de trouver des espaces en phase offensive… Bravo à nos adversaires pour cela.»

Beaucoup d’analystes promettaient un match fermé, avec une équipe de Suisse gardant le ballon (très) prudemment et sans parvenir à se projeter, face à des adversaires regroupés en défense et exploitant la moindre opportunité de contre. Le public a vite pu se rendre compte que la prédiction était correcte. Comme lors de toutes leurs parties en Russie jusqu’ici, les hommes de Vladimir Petkovic se sont longtemps contentés de faire circuler le ballon, essentiellement sur leur ligne arrière. «Pendant les trente premières minutes en tout cas, nous avons été trop lents dans nos transitions d’un côté à l’autre du terrain», regrettait Xherdan Shaqiri.

Un Mondial de toutes les folies

Trouver des espaces s’est révélé très difficile contre des Scandinaves bien organisés, très attentifs et disciplinés. A vrai dire, malgré 37% de possession de balle seulement, ce sont eux qui se sont créé les deux plus belles opportunités de marquer. Aux 8e et 41e minutes de jeu, Marcus Berg puis – surtout – Albin Ekdal se sont retrouvés en position idéale mais ils ont complètement manqué leur affaire. De toute la partie, Yann Sommer n’a eu qu’une parade spectaculaire à réaliser (29e).

Son homologue Robin Olsen n’a guère été plus sollicité. Il n’y a qu’en passant par les côtés que l’équipe de Suisse est parvenue à faire planer une menace (diffuse) sur sa cage, mais les centres ratés d’un Ricardo Rodriguez pas à son meilleur niveau et de Michael Lang (expulsé en toute fin de partie pour une faute de dernier recours) n’ont pas permis à leurs coéquipiers de faire des miracles.

Dans la nuit, les joueurs de l’équipe de Suisse ont regagné leur camp de base de Togliatti, où ils plieront bagage avant de rentrer au pays jeudi. Ce Mondial russe, ce Mondial de toutes les folies paraissait taillé pour un exploit de leur part. Ils le quittent tristes, au bout d’un match triste. Presque comme d’habitude, et c’est bien le plus triste.


Yann Sommer: «C'est difficile de trouver les mots»

«Nous sommes déçus. Nous voulions aller en quarts de finale. Mais à aucun moment de ce match contre la Suède nous n'avons réussi à être très dangereux. J'ai le sentiment que nos adversaires nous ont donné les espaces nécessaires pour créer quelque chose, mais nous n'avons pas réussi à porter la menace devant leur but. En deuxième mi-temps, nous avons quelques petites occasions, mais nous n'avons pas eu le même brin de chance que lors des rencontres précédentes. Il y avait de la pression, oui, mais pas forcément davantage que lors des rencontres précédentes. Peut-être qu'après le but, nous n'avons pas réagi aussi bien que contre la Serbie, mais il faut reconnaître que la Suède est une équipe très compacte et qu'en toutes circonstances il n'est pas aisé de marquer contre elle. Y a-t-il des leçons à tirer de cette défaite? C'est difficile à dire à chaud, après une défaite comme celle-ci. Peut-être que je pourrai répondre dans quelques jours...»

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