«Aurelia, Aurelia je te réitère mes appels désespérés!» La tâche la plus terrifiante dans la course d'endurance par équipes Rivella Terrific qui se court chaque année sur les hauteurs de Crans-Montana n'est pas celle qu'on croit: gravir 8 km à VTT du centre de la station jusqu'aux Violettes, faire l'aller retour Violettes-Plaine Morte à pedibus, à travers caillasse et névés (4,5 km de montée, 650 m de dénivellation), effectuer sur le glacier une manche de slalom géant, une boucle de 11 km à ski de fond, dévaler comme des perdus à VTT les raidillons verdoyants ramenant vers Montana, se taper encore 5 kilomètres à la course, 800 m à la nage dans le lac Grenon (température 16,5%, mais il y a des combinaisons thermiques pour cela, qui transforment quiconque en otarie informe) et enfin avaler 19 km sur un vélo de course, tout cela certes n'est pas rien. Même si chacune des 160 équipes disposait de 7 concurrents pour effectuer ces 9 épreuves et affronter ces 7 disciplines.

Pourtant la grande difficulté, celle qui met de la rage dans les cordes vocales et de l'angoisse au cœur, c'est d'assurer la coordination des relais: il faut dire que les concurrents passent une partie de la matinée – et de la journée pour les équipes les moins rapides – à attendre l'arrivée du coéquipier de la discipline précédente chargé de transmettre le témoin, sans savoir exactement quand cela va se produire. D'où certaines distractions, ou carrément absences, au moment crucial. D'où aussi les pathétiques admonestations des différents speakers: «Aurelia, s'il te plaît, montre-toi, ta coéquipière de VTT attend que tu viennes prendre le relais.» On ne saura jamais où était la coureuse à pied Aurelia, qui devait amener son équipe au bord du lac.

Peu importe finalement car malgré son nom, cette compétition particulière ne se prend pas au sérieux. Ceux qui s'y essaient en tout cas déchantent vite, telle cette concurrente qui, à l'instant d'attaquer la montée vers la Plaine Morte et voyant débouler la vététiste de son équipe, se met en position, part au sprint, baisse la tête pour enclencher son chronomètre et se paie par la même occasion la première barrière du parcours. Preuve aussi de la décontraction qui règne sur le Terrific, les sportifs d'élite engagés ne s'alignent pas toujours dans leur discipline naturelle: on a vu ainsi la skieuse Sylviane Berthod se coltiner courageusement la montée en VTT.

Ramener pourtant le Terrific à une simple balade dominicale serait un peu mesquin: il y eut quand même à lutter. Ainsi ce concurrent, après avoir fait l'aller-retour Violettes-Plaine Morte et réussi à ramener son équipe de la 7e à la troisième place, expliquait qu'«à la montée dans la neige, c'était un pas en avant et deux en arrière». Et puis le retour sur Montana en VTT nécessite quand même d'avoir les tripes bien arrimées. La façon dont le professionnel Alexandre Moss attaqua la descente en VTT laissa plus d'un spectateur dubitatif: «P…, il va vite, il prend tous les risques, s'il se casse la figure, ses patrons de chez Festina vont être furieux.» Sachez encore que les grandissimes favoris, l'équipe Bike Evasion, gagnante en 1998, et qui pouvait compter, outre l'intrépidité d'Alexandre Moss, sur le coup de pédale de Pascal Richard, a été battue et bien battue. Par l'équipe locale l'Hôtel de la Forêt, – 2e l'an dernier – et qui survola la course pour terminer avec 8 minutes d'avance et le record de l'épreuve à la clef (3 h 15). Enfin, chez les femmes, l'équipe gagnante (4 h 10) répondait à la moelleuse appellation de «Vacherin fribourgeois».