Sécurité

Le Tessin veut pouvoir identifier les fans violents

Après un match houleux à Ambri, le canton entend obliger les clubs à s’équiper de systèmes informatiques identifiant les supporters. Certains crient au délire sécuritaire

Des mesures «fortes». C’est ce que Norman Gobbi (Lega), directeur du Département des institutions, a soumis aux clubs de hockey et de football tessinois de séries A et B pour éviter les débordements violents lors des matchs. Ceux qui s’y opposeront se verront empêchés par son département de jouer devant un public.

Les stades tessinois devront désormais s’équiper de systèmes informatiques identifiant les supporters et leur document d’identité. Objectif: faciliter la reconnaissance des responsables en cas de violences. Il devra encore être décidé, avec les clubs, si le dispositif doit être adopté partout ou seulement dans le secteur des visiteurs.

Une situation «insoutenable»

Il s’agit ainsi pour Norman Gobbi, ancien arbitre de hockey, de «donner une réponse forte» à la suite des émeutes survenues à la patinoire de la Valascia, dans le nord du Tessin, le 14 janvier. Des affrontements entre partisans des clubs de Lausanne et Ambri – des explosifs ont été lancés, des bancs volés… – ont impliqué une soixantaine de supporters suisses, forçant la police à intervenir en tirant des balles de caoutchouc.

Contacté par Le Temps, le directeur des Institutions, qui considère la situation actuelle «insoutenable», affirme que là où le dispositif technologique a déjà été appliqué, notamment à Zoug, les violences ont été substantiellement réduites. «La petite minorité violente nuit gravement à l’image du sport et des sociétés sportives, et fait monter en flèche les coûts liés à la sécurité, publique et privée. Ces mesures ont un effet dissuasif, car les chances pour les auteurs de violences de rester impunis diminuent drastiquement.»

Difficultés financières des clubs

Cependant, certains s’opposent au «délire sécuritaire» de Norman Gobbi, à l’instar de l’association de supporters Gioventù Biancoblù qui dans un communiqué condamne ses mesures comme «répressives et inutiles». Directeur sportif du Football Club Chiasso, Nicola Bignotti faisait valoir dans le dominical tessinois Il Caffè que les clubs dépensent déjà des sommes considérables pour la sécurité, supérieures à celles qu’ils encaissent avec la vente des billets. «Plusieurs seraient en grande difficulté s’ils devaient encore investir dans de nouveaux instruments de contrôle, dont nous ignorons l’efficacité.» Il ajoute que les mesures imposées risquent d’éloigner les supporters pacifiques qui représentent 99,9% des spectateurs.

Pour sa part, Jean-Jacques Aeschlimann, directeur général du Hockey Club Lugano, signale qu’il a eu connaissance des éventuelles mesures sécuritaires par la presse. «Il faudra voir en quoi elles consistent exactement, si elles sont envisageables, quand elles seraient implantées et quels sont leurs coûts, ce qui pourrait être problématique pour les petits clubs.» Ces dispositifs créeront des problèmes, soutient-il, parce que tous les fans n’accepteront pas de se faire identifier.

Perquisitions de domiciles et arrestations

Le thème de la sécurité ne sort pas de nulle part, reconnaît Jean-Jacques Aeschlimann, estimant que ce qui s’est passé à la Valascia est inacceptable. «La violence ne peut être tolérée. Cela dit, on ne peut pas dire que la violence est un problème sportif; elle est partout. Seulement, les événements sportifs regroupent beaucoup de personnes et sont plus sujets aux débordements.»

Le «signal fort» de Norman Gobbi contre les spectateurs violents s’est aussi illustré le 14 mars par la perquisition des domiciles et l’arrestation de treize supporters tessinois qui ont pris part aux émeutes de janvier. Parmi la soixantaine de personnes qui y ont participé – plusieurs avaient le visage couvert – une quarantaine ont été identifiées. Outre 17 Tessinois, les autres supporters – accusés notamment de voies de fait, lésions, violences contre fonctionnaires, émeute, et infraction à la loi sur les armes et les explosifs – venaient des cantons de Vaud, d’Uri, de Schwytz, de Berne et de Lucerne.

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