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Justice

Thabo Sefolosha, le basketteur de NBA qui a refusé le racisme institutionnel aux Etats-Unis

Le joueur de NBA a repris l’entraînement dimanche après son acquittement par la justice new-yorkaise. Son procès a mis en lumière les pratiques policières très discutables outre-Atlantique

Les émotions retombées, Thabo Sefolosha a repris l’entraînement dimanche matin avec son équipe de basketball des Hawks d’Atlanta. Une manière de retourner à l’activité dont il a toujours rêvé étant enfant: jouer au sein de la prestigieuse NBA. Le Veveysan évolue dans la National Basketball Association américaine depuis 2006. La saison dernière, il fut considéré comme le quatrième meilleur défenseur du championnat.

De mère suisse (blanche) et de père noir d’Afrique du Sud, Thabo Sefolosha sort d’une semaine éprouvante. Vendredi, il a été acquitté par un jury new-yorkais lors d’un procès où il était accusé d’obstruction à la justice et de résistance à la police. Contactée par téléphone, sa mère Christine Sefolosha-Beck, peintre établie à Montreux, relève que son fils est «très heureux au sein de son équipe et a une très bonne relation avec son entraîneur. Mais il est inquiet. Est-ce que sa cheville, blessée, va tenir pendant les 82 matches de NBA? Honnêtement, il n’a pas la réponse.»

«Un homme noir à capuche»

Thabo Sefolosha, 31 ans, s’est immiscé à sa manière dans le débat racial très vif aux Etats-Unis. Il a surtout été confronté lui-même à des pratiques policières dont Européens et Suisses sont peu familiers. En avril, célébrant un début de saison exceptionnel des Atlanta Hawks au «1 Oak», un club branché de Chelsea à Manhattan, il a eu maille à partir avec la NYPD. Après qu’un autre joueur de basket fut poignardé aux abords du club, un officier de police a approché de façon agressive Thabo Sefolosha, qui, du haut de ses 201 cm, l’a traité de «nain». D’autres officiers s’en sont mêlés.

Lire aussi: Thabo Sefolosha jugé non coupable

L’altercation a mené à son arrestation au cours de laquelle, a-t-il déclaré, les policiers lui ont brisé le péroné et causé une déchirure des ligaments à la cheville. Au cours du procès, l’avocat du basketteur John Spiro ne s’en est pas caché: la NYPD a interpellé un «homme noir en capuche». Aux Etats-Unis, l’expression est désormais synonyme de délit de faciès. En février 2012, en Floride, Trayvon Martin, un jeune Afro-Américain de 17 ans fut abattu par un Blanc de mère hispanique alors qu’il n’était pas armé et qu’il portait une capuche sur la tête. Si le tueur fut acquitté sur la base d’une loi de légitime défense vague, l’épisode suscita une vaste mobilisation de Noirs, de Blancs, tous coiffés de «hoodies (capuches)» en guise de solidarité envers Trayvon Martin.

Une réaction de Suisse, pas d'Afro-Américain

Pour Thabo Sefolosha, qui a grandi à Vevey, le triste épisode de Chelsea fut sans doute un choc culturel. Outre-Atlantique, les rapports entre les polices et les Afro-Américains n’ont rien à voir avec ceux qu’aurait un îlotier vaudois avec une personne en infraction en Suisse. Ils sont empreints d’une profonde méfiance qui remonte loin dans le passé de l’Amérique. En avril dernier, aux abords du club de Chelsea très fréquenté par les basketteurs, il n’avait sans doute pas conscience de ce que les parents afro-américains enseignent à leurs enfants quand ceux-ci sont confrontés à la police aux Etats-Unis: accepter tout ce que dit la police, ne pas chercher à résister ou à commettre un geste qui pourrait être mal interprété. Même si on est certain d’avoir raison. Les cas où des policiers abattent des Afro-Américains en recourant de façon disproportionnée à la force abondent.

La mère du joueur le reconnaît d’ailleurs: «Il faut être reconnaissant. Les choses auraient pu être pires.» Elle ne saurait mieux dire. Jouant avec un pistolet factice dans un parc désert de Cleveland, en Ohio, Tamir Rice, 12 ans, Afro-Américain, a été abattu sans la moindre tentative de dialogue par un policier blanc en novembre 2014. La vidéo de la scène choqua toute l’Amérique. Moins de deux secondes après être sorti de sa voiture, l’officier de police tirait à bout portant sur Tamir Rice. Non convaincu par les premières conclusions de l’affaire, le procureur de Cleveland a commandé deux enquêtes indépendantes à une ex-agente du FBI et à un procureur du Colorado. Objectifs: éclairer un futur grand jury. Leurs conclusions ont été publiées ce week-end: l’action du policier tueur y est considérée comme «raisonnable». Choquantes, elles illustrent un racisme institutionnel persistant et une conception étonnante de la notion de proportionnalité de l’intervention policière.

Un pari judiciaire osé

Au vu de ce contexte, le pari de Thabo Sefolosha devant la Justice new-yorkaise n’en fut que plus osé. «Nous en avons beaucoup parlé, admet Christine Sefolosha-Beck. Il a hésité. Mais a posteriori, son choix a été excellent.» Sûr de l’attitude qu’il a eue ce soir d’avril, Thabo Sefolosha a refusé ce que beaucoup auraient accepté sans ciller: consacrer une journée de travail pour la communauté afin que la justice abandonne les chefs d’inculpation contre lui. Inacceptable pour le basketteur qui a renoncé à recourir au 5e amendement de la Constitution lui permettant de garder le silence. Il a voulu défendre aussi sa cause. Vendredi, il s’en est félicité: «Je suis reconnaissant envers le système judiciaire américain parce que la justice a été rendue aujourd’hui et que ça me donne l’impression que je peux y croire.»

La détermination de Thabo Sefolosha a été à la mesure de son souhait de vérité: il voulait aussi parler au nom des sans-voix qui n’ont pas la visibilité médiatique et les ressources d’un joueur de NBA. Par dignité et par refus d’un statu quo jugé intolérable. L’attitude du joueur suisse rappelle celle du tennisman à la retraite James Blake, Afro-Américain qui fut 4e joueur mondial à l’ATP. Attendant une voiture devant son hôtel de Manhattan il y a quelques semaines, il fut plaqué au sol par un policier qui l’a pris à tort pour une personne impliquée dans un trafic de téléphones. En réaction, James Blake a saisi l’occasion pour provoquer des changements de pratique policière. La semaine dernière, la NYPD s’est exécutée. Elle a établi un nouveau code de conduite pour mieux régler l’usage excessif de la force. Désormais, les agents de la NYPD ne pourront rester silencieux si un collègue agit de façon disproportionnée. Il va y a voir une traçabilité de l’action policière. Thabo Sefolosha sera le premier à s’en réjouir.

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