Il s’en souvient comme si c’était hier. Le 8 avril 2015, le basketteur suisse Thabo Sefolosha a été violemment interpellé par la police à la sortie d’une boîte de nuit à New York où un autre joueur de NBA, Chris Copeland, s’était fait poignarder. Résultat: un péroné fracturé et des ligaments endommagés à la cheville droite nécessitant une hospitalisation. Un incident qui l’a marqué et a perturbé sa carrière. Alors forcément, le Vaudois se sent très concerné par l’affaire Colin Kaepernick, qui rebondit ces jours aux Etats-Unis, alors que la saison de la Ligue nationale de football américain (NFL) a débuté le 7 septembre sans l’ancien quarterback des 49ers de San Francisco, désormais persona non grata en NFL.

Colin Kaepernick est considéré comme un paria depuis qu’il a, en été 2016, refusé à plusieurs reprises de se lever pour l’hymne national américain joué au début des matches. Il l’a fait pour dénoncer les violences policières et la ségrégation raciale. Son genou posé à terre lui vaut, un an après, d’être sans contrat.

Lire aussi: Colin Kaepernick, ou le difficile retour du sportif engagé

«Des propriétaires tous blancs»

«Je trouve l’acte de Colin Kaepernick très courageux. De par son geste, il est devenu un exemple pour beaucoup de monde, et pas uniquement pour les athlètes», souligne Thabo Sefolosha au Temps. «Que l’on soit clair: je ne pense pas que ce qu’a fait Kaepernick changera le monde, mais il a réussi à imposer une conversation qui perdure dans les foyers et les médias, et pour ce simple fait, je ne peux que le féliciter. La cause qu’il défend est juste et noble. Les actes de violences policières à l’égard de la population noire aux Etats-Unis sont alarmants», poursuit-il, en évoquant sa propre expérience avec les forces de l’ordre new-yorkaises. Une expérience qu’il qualifie aujourd’hui d'«assez traumatisante».

Le basketteur de père sud-africain et de mère suisse se dit surtout «sidéré qu'à la suite de sa prise de position, plus aucune équipe NFL ne souhaite engager Colin Kaepernick». «Au vu des prestations médiocres de certains quarterbacks ces dernières semaines, il est évident qu’il a le niveau pour jouer dans cette ligue. Colin Kaepernick proteste contre l’oppression systémique de la population noire aux Etats-Unis. Etrangement, les propriétaires des équipes NFL, qui sont tous blancs, n’ont pas du tout envie d’avoir affaire à cette situation…» «Aujourd’hui, un quarterback de talent, qui a fait ses preuves en NFL et qui a pris des risques immenses en s’engageant pour une juste cause, se retrouve sans emploi. C’est triste et cela reflète bien l’état actuel des choses aux Etats-Unis», conclut-il.

Indemnisation de 4 millions de dollars

En avril, après deux ans de bataille juridique, l’arrière suisse a annoncé qu’il fera don d’une importante partie des 4 millions de dollars d’indemnisations reçus par la ville de New York à Gideon’s Promise, une association basée à Atlanta, spécialisée dans l’assistance juridique. Dans un communiqué des Atlanta Hawks, il rappelait déjà qu’il y a encore «trop de violences policières» aux Etats-Unis. «Beaucoup de ces affaires passent inaperçues ou ne font pas l’objet d’une plainte, car beaucoup de victimes n’ont pas les moyens de se battre pour leurs droits comme j’ai pu le faire, c’est injuste», écrivait-il.

Le Vaudois se dit prêt à «aider à faire la différence». Désormais dans l’Utah, à Salt Lake City, il en est à sa quatrième équipe depuis son arrivée en NBA, après Chicago (2006-2009), Oklahoma City (2009-2014) et Atlanta (2014-2017). Et visiblement son intégration à la société américaine passe aussi par la dénonciation de ses travers et ses dérives. Sur le front du racisme, Thabo Sefolosha semble bien décidé à continuer à faire entendre sa voix.