Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Thabo Sefolosha est le premier Suisse a évolué en NBA.
© Keystone

Basketball

Thabo Sefolosha: «Dans les vestiaires NBA, en ce moment, ça parle beaucoup de politique»

Blessé en avril 2015 lors d’une intervention policière trop musclée, Thabo Sefolosha semble enfin avoir retrouvé la plénitude de ses moyens alors que la saison de NBA débute le 25 octobre. Il en explique les enjeux et le contexte politique, marqué par les manifestations des athlètes afro-américains et l’élection présidentielle

La 68e saison du championnat nord-américain de la National Basketball Association (NBA) débute mardi 25 octobre avec la rencontre opposant le champion en titre, Cleveland, aux Knicks de New York. Deux jours plus tard, Thabo Sefolosha entamera sa onzième saison dans la ligue avec sa troisième équipe, Atlanta, contre les Washington Wizards. Premier Suisse en NBA (le Genevois Clint Capela a été choisi en 2014 par les Houston Rockets), le Veveysan s’est montré très en forme lors des matchs de pré-saison. Joint par téléphone par Le Temps mercredi 19 octobre, il présente les enjeux de cette reprise sur fond d’élection présidentielle.

Le Temps: Il paraît que vous êtes en très grande forme. Vous confirmez?

Thabo Sefolosha: Je suis en bonne forme oui. C’est important d’avoir de bonnes sensations au moment de débuter la saison.

– L’entre-saison est assez particulière en NBA, très différente de ce que l’on peut connaître en Europe. Pouvez-vous la décrire?

– Tout d’abord, c’est assez long, il y a près de cinq mois entre la fin des play-off et le début de la saison suivante. Cette période est découpée en trois phases. Après quelques semaines de vacances, on s’entraîne d’abord tout seul en juillet, avec le groupe à partir d’août pour la préparation physique. C’est assez «challenging», comme on dit, ce n’est pas la partie la plus agréable mais il faut passer par là. Lorsque la saison officielle commence, il y a trop de matchs et de déplacements pour avoir ensuite le temps de travailler en profondeur. Tout se fait donc avant. En octobre, quand les systèmes sont intériorisés et les nouveaux joueurs intégrés, les équipes jouent beaucoup de matches amicaux. Plutôt que «durs», les entraînements sont surtout longs, avec beaucoup de réglages tactiques. Comme c’est ma troisième saison à Atlanta, j’ai eu la chance de passer un peu moins de temps avec le coach que les nouveaux.

– Certains journaux américains parlent pourtant de vous comme de «la meilleure recrue des Hawks»…

– C’est sympa, je ne le savais pas parce que j’évite de lire les articles sur mon équipe.

– Cela veut dire aussi que votre blessure en avril 2015 [il avait été blessé par la police lors d’une arrestation alors qu’il se trouvait avec deux autres joueurs de NBA dans une boîte de nuit à New York] vous aura finalement coûté plus d’un an.

– C’est vrai, et je le constate encore aujourd’hui. Cette blessure va me suivre jusqu’à la fin de ma carrière. Avant chaque match, je dois bien préparer ma cheville et après le match, mettre le pied dans la glace. Ce n’est pas handicapant, cela ne m’empêche pas de jouer, mais c’est quelque chose qui se rappelle toujours à moi. C’était une grosse opération, avec trois ligaments de la cheville touchés. Je me souviens qu’à mon retour sur les parquets, les premières semaines étaient difficiles parce que je ne savais pas trop où j’allais.

– Pour la première fois depuis 20 ans, Kobe Bryant ne mène pas le jeu des Lakers. Ça vous fait drôle?

– Honnêtement pas tant que ça parce que depuis que je joue dans la Conférence Est, je ne l’affronte que deux fois par an. Mais ce genre d’événements fait prendre conscience que le temps passe et que la ligue évolue. Quand je suis arrivé, Tim Duncan, qui vient lui aussi de prendre sa retraite, était une référence.

– Depuis dix ans que vous y jouez, quelle évolution avez-vous constaté dans le jeu?

– Il y a de plus en plus de joueurs de grande taille à des postes où cela n’était pas forcément requis auparavant. Des gabarits qui ne pouvaient jouer qu’intérieurs à l’époque se retrouvent aujourd’hui un peu partout sur le terrain. Ils sont très grands mais aussi rapides, agiles, mobiles. Un Kevin Durant sait dribbler et prendre des shoots extérieurs, alors qu’avant on l’aurait fait jouer pivot.

– Il a rejoint cet été Stephen Curry à Golden State. Les Warriors seront-ils imbattables?

– Ils vont être très forts, c’est une certitude, mais dans cette ligue il y a toujours des surprises donc le titre ne leur est pas acquis.

– Il a été beaucoup dit l’an dernier, lorsque les Warriors ont établi un nouveau record de 73 victoires dans une saison, qu’ils étaient en train de révolutionner le jeu avec leur adresse dans les tirs à trois points. Cela s’est-il concrétisé durant la pré-saison?

– Chaque équipe a d’abord travaillé en fonction de ses caractéristiques propres et de ses manques. A Atlanta, nous avons ajouté de la taille et de la verticalité, nous avions besoin d’être plus rugueux, plus costauds dans la raquette.

– Le footballeur Colin Kaepernick a lancé cet été un mouvement de protestation national contre les violences policières touchant les Afro-Américains. La NBA, qui est la ligue comptant la plus forte proportion de joueurs de couleur (65%) a évoqué l’idée d’une action concertée pour la reprise. Où en êtes-vous?

– Je crois que la NBA a surtout demandé aux équipes d’être tenue informée de leurs intentions. A Atlanta, nous en discutons encore. Il y a la volonté d’exprimer un message commun mais nous n’avons pas encore décidé sous quelle forme.

– D’une certaine manière, vous avez été précurseur de ce mouvement en déposant plainte contre la police après votre blessure à la cheville.

– J’ai trouvé bien toutes ces actions mais je ne sais pas si elles sont comparables avec mon procès. Moi, j’ai refusé de me laisser faire parce que je m’estimais victime d’une injustice. J’avais envie d’aller au bout de l’histoire pour démontrer que je n’étais pas à la base du problème, et la justice m’a donné raison. Cette expérience m’a ensuite ouvert les yeux sur certains aspects des Etats-Unis, comme les violences policières et le système judiciaire.

– Que pensez-vous du soutien officiel apporté par LeBron James à la candidature d’Hillary Clinton?

– Chacun a le droit de s’exprimer et de défendre ses opinions. Après, je pense que c’est aussi le bon moment pour faire ce genre de déclaration populaire. Il est assez bien vu d’être pour Hillary Clinton. Les vestiaires des sports professionnels américains penchent généralement du côté des Démocrates.

– Vos propos de vestiaire ne sont donc pas ceux, beaucoup plus graveleux, décrits par Donald Trump?

– Je ne sais pas quels «locker rooms» il a fréquenté (rires)… En ce moment, ça parle pas mal de politique et des élections.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL