Il y avait «la main de Dieu» (Maradona), il y aura désormais «la main du vieux» (Thierry Henry, 32 ans). L’une avait permis à l’Argentine de gagner son quart de finale (2-1) contre l’Angleterre honnie au Mundial mexicain 1986, l’autre aura expédié la France à la Coupe du monde sud-africaine de 2010 (1-1 mercredi soir en barrage retour contre l’Eire). Différence: la première donna lieu à un but direct, la seconde, habile «patte de chat», ramena le ballon en jeu alors qu’il s’apprêtait à sortir derrière la ligne de fond irlandaise, puis fut transformée en goal décisif par William Gallas.

Surtout, le pataquès médiatique et Internet déchaîné par Henry – «Tricheur», «Honte», «Scandale», «Vol qualifié», «Faussaire» – se révèle sans précédent par rapport à la gravité relative de l’incident. La palme du trémolo offusqué revient au journal portugais Record: «La France, une championne du monde, arrivera au Mondial avec le maillot entaché par un but de tricherie, marqué au cours d’une prolongation d’agonie au terme d’un match lamentable.»

Résultat du geste (réflexe? Volontaire?) d’Henry, avoué mais un peu tard: la polémique autour de l’arbitrage du football d’élite assisté par vidéo rebondit de plus belle. Tout le monde est d’accord pour dire que depuis sa position, M. Martin Hansson, masqué par une jungle humaine, ne pouvait rien voir. Apparemment, ses assesseurs non plus. En revanche, la caméra de TF1 placée au bon endroit a enregistré la scène incriminée, comme l’aurait fait une image vidéo… ou un arbitre préposé à la surface de réparation. Le directeur de jeu suédois s’est d’ailleurs excusé après avoir visionné son erreur. Le match était alors plié.

A la «décharge» de M. Hansson, on rappellera que, cinq minutes avant l’épisode fatal, il oublia de siffler un penalty en faveur des Bleus: à vitesse réelle comme au ralenti, Nicolas Anelka, lancé à pleine puissance dans les 16 mètres irlandais, avait bel et bien été touché par le gardien Shay Given.

Cent troisième minute, donc, de ce France-Eire brûlant tel un fer rougi. Sur le coup franc tiré par Florent Malouda, deux Français sont hors-jeu (première faute); Sébastien Squillaci s’appuie ensuite sur un défenseur adverse (deuxième faute) pour s’élever et effleurer le ballon des doigts; enfin, Thierry Henry le rabat de la main (troisième faute), le passe à William Gallas qui conclut. Martin Hansson et ses supposés assistants auront vraiment réussi la totale en un minimum de temps!

La Fédération irlandaise a évidemment réagi. Epaulée par le premier ministre Brian Cowen, elle a écrit hier à la FIFA en exigeant de rejouer le match, laquelle FIFA se prononcera après avoir pris connaissance de la missive. Ses chances d’aboutir? Quasiment nulles, malgré les pressions politiques.

L’article 5 des Lois du jeu dit: «Les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont sans appel, y compris la validation d’un but et le résultat du match.» Point. Et, en l’espèce, M. Hansson n’a commis aucune faute technique qui violerait le règlement. Réalité confirmée au téléphone par Nicolas Maingot, directeur de la communication à la FIFA: «Nous ne réagissons jamais sur une décision arbitrale, définitive et sans recours possible.» M. Maingot souligne que l’International Board, organe suprême garant desdites Lois du jeu, a décidé, ce printemps, d’expérimenter les fameux arbitres supplémentaires ne s’occupant que des 16 mètres lors des matches de l’Europa League 2009/2010. L’analyse complète du test et son éventuelle introduction dans les compétitions FIFA/UEFA ne pointe qu’à l’horizon 2011/2012.

En attendant? «Cette affaire prouve une nouvelle fois que l’arbitre seul ne peut pas s’occuper de tout», commente Michel Pont, sélectionneur adjoint de l’équipe de Suisse. «D’où mon soutien à l’assistance vidéo. Si ce cinquième arbitre [le quatrième étant le remplaçant en cas de malheur] visionne son moniteur, raconte par micro ce qu’il a vu au responsable central et que celui-ci décide ce qu’il convient de faire, je ne vois pas en quoi la partie deviendrait trop hachée. Dans le cas qui nous occupe, l’arbitre aurait aussi pu demander à Thierry Henry s’il avait touché le ballon de la main, et annuler le goal. Si l’attaquant répond «non» alors que le monde entier l’a vu, il est «pendu» pour le reste de sa carrière!

Ancienne arbitre FIFA (de 1996 à 2008), Nicole Petignat contre doublement: «Pourquoi le joueur ne peut-il pas faire preuve de fair-play et se dénoncer? Bien entendu, je comprends Thierry Henry. C’est sa dernière Coupe du monde, il y tient. On retrouve ici l’histoire du type qui découvrirait un million dans son tiroir et les rendrait au lieu de les prendre pour lui.» Et puis: «Si la vidéo était finalement acceptée, je voudrais, en tant qu’arbitre principale, y aller voir moi-même afin de prendre ma décision, et non confier ce soin à un assistant. Selon moi, l’argument du match sans cesse arrêté n’a pas cours. Regardez ce France-Eire: en 120 minutes, on n’a vu que deux actions litigieuses, le penalty sur Anelka et la main d’Henry.»

Au fond, peu importe, le débat étant d’ores et déjà clos par l’International Board et la FIFA. Dès 2011/2012, on verra – peut-être – fleurir les assistants de surfaces, en tout cas pas les caméras vidéo.

«La FIFA ne réagit jamais sur une décision arbitrale, définitive et sans recours possible»