Thomas Lüthi repart en piste. Le pilote bernois entamera, le 10 avril prochain à Jerez, sa troisième saison en Championnat du monde des 125 cm3. Son objectif: faire oublier au plus vite une année 2004 catastrophique. De chutes en désillusions, «Petit Tom» a été blessé dans sa chair et dans sa tête. Son écurie Elit et son sponsor principal Bluewin lui ont maintenu leur confiance, mais à 18 ans, l'Emmentalois n'a plus de droit à l'erreur. «Tom a beaucoup mûri en un an», témoigne Daniel Epp, manager et propriétaire de l'équipe. «J'estime qu'il est en train de terminer son apprentissage. Il doit désormais devenir plus régulier, s'installer parmi les dix meilleurs.» Attendu au tournant, Thomas Lüthi semble détendu, sûr de lui, de son nouveau matériel. A dix jours du premier Grand Prix, il confie ses espoirs.

Le Temps: Quel regard portez-vous sur votre saison 2004, celle de tous les malheurs?

Thomas Lüthi: J'ai pris énormément de coups l'an passé. Après chaque pépin, chaque chute, je me disais que le vent allait tourner. Mais c'était sans fin et mon moral a parfois été au plus bas. Certaines blessures physiques sont plus faciles à soigner que les maux psychologiques. J'ai dû beaucoup travailler dans ma tête.

– Se remet-on complètement d'une telle série négative?

– Sur un circuit, vous n'avez pas le droit d'avoir peur, de douter. J'ai tourné la page, je regarde en avant. Piloter est toujours la chose que j'aime le plus au monde et je me dis que, s'il est vrai qu'il y a toujours quelque chose de positif à retirer des expériences négatives, mon année 2005 ne peut-être que bonne. J'ai connu une sacrée plongée, je veux rebondir.

– Quels sont vos objectifs?

– Je dois avant tout faire preuve de constance. J'espère terminer régulièrement parmi les dix premiers. Les bons tests que j'ai récemment réalisés à Barcelone, où je me suis montré rapide sans prendre trop de risques, me donnent confiance.

– Au point d'envisager votre première victoire en Grand Prix?

– Une dizaine de pilotes seront en mesure de viser la victoire cette saison. Je considère que j'en fais partie.

– Pourquoi avoir doté votre Honda d'usine d'un ancien châssis?

– Le châssis standard, moins souple et moins stable, est conçu pour un style agressif. Or, je pilote de façon douce et coulée. L'an passé, je ne situais pas bien les limites de ma moto, ce qui explique peut-être en partie mes nombreuses chutes. L'ancien châssis me procure de meilleures sensations. Je suis persuadé que nous avons fait le bon choix. Cette moto est mon nouvel amour et, accessoirement, une excellente collègue de travail.

– Que vous apporte votre nouveau mécanicien en chef, Sepp Schlögl?

– Il me donne avant tout l'occasion d'apprendre le bavarois. Plus sérieusement, Sepp est l'un des meilleurs dans son job. Il a déjà travaillé avec de grands champions. Nous nous entendons très bien, son expérience et son calme me sont très profitables. Je dois puiser ma force dans une certaine forme de sérénité.

– Autre nouveauté dans l'écurie Elit: le manager Daniel Epp a finalement renoncé à aligner un second pilote. Que vous inspire ce choix?

– J'avoue que je ne suis pas mécontent que les contacts pris n'aient pas abouti. J'aurai la chance de disposer de deux superbes motos, ce qui me donnera la possibilité de mieux m'adapter en fonction des circonstances, des conditions atmosphériques. J'évoluerai aussi dans un cadre de travail plus détendu, où tous les membres de l'équipe seront uniquement concentrés sur moi. C'est un luxe.