On sait maintenant qu’il peut faire aussi fort que Oussama Ben Laden et le Mollah Omar réunis: rester caché pendant des semaines, alors que tous les paparazzi de la planète le chassent sans répit. Tiger Woods est introuvable depuis début décembre, et on a entendu les suppositions les plus folles sur son lieu d’exil: dans le sous-sol de sa maison, sur son yacht au milieu de l’Atlantique, en plein New York, terré chez un ami, et même en planque dans le sud de la France… Reste qu’il ne pourra se dissimuler éternellement, et qu’il lui faudra reprendre le chemin des fairways un jour ou l’autre. Un retour qui s’annonce très compliqué.

A quand le retour?

Tout dépendra de l’état des lieux de sa vie privée. Si le probable divorce d’avec son épouse Elin, avec laquelle il a deux enfants de deux ans et demi et onze mois, est rapidement validé, alors son retour au jeu se fera certainement courant mars, ou au plus tard au Masters d’Augusta début avril. Si, en revanche, son épouse décide de lui donner une nouvelle chance, ce qui paraît peu probable vu le niveau d’humiliation publique qu’elle a subi, le couple Woods aura besoin de beaucoup de temps pour régler ses problèmes de fond. Dans ce cas, une année totalement blanche n’est pas à exclure. «S’il doit travailler sur les aspects émotionnels de sa personnalité, alors je le vois bien revenir seulement en 2011», a déclaré ces jours-ci John Cook, un joueur professionnel qui compte parmi ses vieux amis. Une hypothèse de plus en plus probable avec le temps, quand bien même les tournois du Grand Chelem se déroulent cette année sur ses parcours fétiches (Pebble Beach pour l’US Open et Saint Andrews pour le British Open).

Avec quelle mise en scène?

On peut s’attendre à du très lourd pour le retour de Tiger Woods à la vie médiatique. Nul doute que sa première apparition devant les caméras se fera sur un show à l’américaine (type Oprah Winfrey ou le 60 minutes de CBS), avec tous les ingrédients pour fracasser l’audimat: des aveux plus ou moins détaillés, la contrition, puis le flot de larmes pour émouvoir la ménagère et ceux qui voudront bien se laisser prendre. Là encore, deux options sont envisageables: une performance en solo si le divorce est acté, ou alors avec Madame si le couple veut se redonner une chance.

Reste qu’une bonne campagne médiatique ne suffira pas à réparer les dégâts. Woods va devoir avouer la vérité et des faits concrets afin que son retour sur les parcours reprenne le dessus sur la rubrique faits divers. Et aussi pour prouver l’humanité qui est en lui, maintenant que sa statue a été fracassée. S’il refuse de tendre la main au public, geste qu’on attend depuis des années, il n’a aucune chance de s’en sortir. «Les gens sont en colère contre lui. Pas seulement parce qu’il a trompé sa famille, mais surtout parce qu’il nous a tous dupés», affirme Marsha Friedman, une experte en communication de crise. A prévoir en suivant, une immense conférence de presse pour son premier tournoi: longue et unique en son genre, puisqu’il précisera d’entrée que ce sera la seule fois où il acceptera de revenir sur ses déboires.

Avec quels partenaires?

Le caddie, le manager, l’assistant du manager et bien d’autres: malgré leurs dénégations, tous ses collaborateurs étaient au courant de la situation. Aux ordres, ils n’ont pas bougé une oreille et ont tout couvert, leur unique solution pour exister aux côtés du numéro un mondial. Noyés dans la tempête, certains ont tenté de pathétiques suppliques pour épargner le Conducator déboulonné, tel son agent Mark Steinberg. Le manager le plus condescendant de la planète, après avoir ouvertement ignoré la presse pendant dix ans, a ainsi osé cette requête lorsqu’il fut avéré que Woods avait eu une collaboration régulière avec le docteur Galea, arrêté pour possession d’hormones de croissance: «S’il vous plaît, laissez le gamin (sic) tranquille sur ce coup-là…» Une phrase révélée sur le champ par tous les médias américains, ravis de cette ironie. Il n’est pas certain que tous ces porte-flingues puissent rester en place. Mais dans le même temps, ils en savent beaucoup plus que tout ce qui a été imprimé jusque-là, et ils seront sans doute moins dangereux s’ils demeurent au service du golfeur.

Au niveau de ses sponsors, certains ont déjà jeté l’éponge et d’autres se sont mis en retrait sous couvert de respecter sa volonté de se retirer de la vie publique. Mais dès que la tempête sera passée, on peut parier que tous se bousculeront à nouveau pour utiliser son image. Et si ce n’est pas le cas, on ne plaindra pas Tiger Woods trop fort: avec plus de 1 milliard de dollars de gains depuis le début de sa carrière (sponsoring et gains en tournois), il est déjà le sportif le plus riche de l’histoire.

Pour quel résultats?

Certains en sont déjà persuadés: on ne reverra plus le Tiger Woods des années 2000. Ainsi, l’Écossais Colin Montgomerie, capitaine de la prochaine équipe de Ryder Cup européenne: «Il ne sera plus dominant comme avant, car sa mystique s’en est allée.» On peut aussi imaginer que son niveau de jeu ne changera pas, tant il semble capable de surmonter toutes les blessures. En revanche, l’accueil du public risque d’être terrifiant. Surtout pour celui qui a eu pour habitude d’être respecté au-delà du concevable. Tiger Woods n’a en effet jamais eu à subir d’incident raciste sur le circuit, une anomalie lorsqu’on pense au niveau moyen du spectateur américain et à sa consommation de bière. La clé pour Woods sera de démontrer une capacité jusque-là inconnue à se rapprocher des gens. S’il n’y arrive pas, la situation risque alors de devenir ingérable.