La publicité remonte à début 2009, quand Nike avait voulu célébrer son retour de blessure. Ça commençait par une mise en scène des autres athlètes de la marque, couverts de gloire et de fortune pendant que Tiger Woods soignait son genou. On les voyait rire à gorge déployée dans les vestiaires, avant de se taire, subitement: le Maître reprenait la compétition, et ils étaient tous dégoûtés, conscients que la fête était finie.

Un coup de génie humoristique, certes, mais surtout une absence d'ego inhabituelle venant de joueurs de top niveau mondial, comme Stewart Cink, Trevor Immelman et Justin Leonard, capables de s'incliner publiquement devant la supériorité de Woods. Il en a toujours été ainsi avec l'ex-numéro un mondial: il est respecté par tous les autres joueurs au-delà du raisonnable, et leur admiration se fait souvent vénération.

Une divinité malgré les coups durs

Le décor aurait cependant pu changer depuis trois ans. A 40 ans, le joueur américain est presque sorti des mille premiers mondiaux. Ses galères physiques et surtout mentales lui ont fait toucher le fond à l'hiver 2015, avec des coups indignes d'un golfeur professionnel. Mais ce moment de gêne passé, ses camarades de jeu le considèrent toujours comme une divinité et pas une relique.

Lors de la dernière Ryder Cup, Zach Johnson, vainqueur du Masters 2007, avait sondé ses coéquipiers sur une parade de bienvenue qui a immédiatement emporté leur adhésion. Il a donc fait fabriquer une douzaine de t-shirts avec l'inscription «Make Tiger Great Again», doux détournement du slogan de campagne de Donald Trump. Les douze joueurs l'ont ensuite dévoilé de concert pendant une réunion d'équipe, où Woods était convié en tant que vice-capitaine.

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On pourrait y voir un côté masochiste presque surprenant, mais pas tant que ça: tous les joueurs ne demandent qu'à se faire priver de quelques titres et dizaines de milliers de dollars pour revoir ce qui n'avait jamais été vu sur un parcours de golf avant Tiger. Ils ne se posent plus la question de savoir si Dieu existe: ils l'ont déjà rencontré.

Une fascination sans limite

Bubba Watson, numéro 10 mondial, exultait comme un gamin juste après la Ryder Cup: «J'ai son numéro de portable maintenant, je vais pouvoir lui envoyer plein de textos!» Il ne s'était toujours pas calmé il y a une semaine aux Bahamas, pour le retour aux affaires du Tigre: «Je veux juste le regarder pendant quatre jours. Nous voulons notre Tiger de retour, peu importe son score!» Fascination aussi chez Padraig Harrington, l'Irlandais triple vainqueur en Majeurs, qui se plaignait de ne pouvoir le suivre en direct à la télé jeudi dernier. Woods en a presque versé une larme: «C'est dur de comprendre pourquoi autant de joueurs ont essayé de m'aider à revenir en m'offrant toutes sortes de conseils ou en m'invitant à dîner. C'est comme une fraternité, et je ne pensais pas que j'avais autant d'amis sur le circuit.»

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Il y a encore un talent fou chez Woods: c'est lui qui a fait le plus de birdies cette semaine (vingt-quatre) au Hero World Challenge. Mais il a fini à la quinzième place, sur dix-sept joueurs, en raison d'une foule d'erreurs extrêmement pénalisantes (six double bogeys). Logique après une si longue absence. Mais les plus jeunes sont déjà prêts à croire au miracle, tel Jordan Spieth, 23 ans et cinquième mondial: «Il aurait gagné s'il n'avait pas été rouillé après toutes ces années.» Les moins jeunes aussi, puisque Donald Trump a trouvé le temps de tweeter: «C'est génial de te voir de retour, Tiger.»