«J’ai fait tout ce que j’ai pu pour être en état de jouer, mais la rééducation de mon dos ne m’a pas permis d’être prêt. Je suis très déçu parce que c’était un anniversaire spécial pour moi. Je n’ai pas de date prévue pour mon retour, et je vais poursuivre mes efforts soutenus pour revenir dès que possible.» Voilà le communiqué que Tiger Woods a fait publier sur son site internet vendredi dernier. Une sorte de copier-coller de ceux régulièrement mis en ligne depuis trois ans, et une mauvaise nouvelle qui n’aura hélas surpris personne.

Son ami Steve Stricker, ancien du top 10 mondial, l’avait croisé début mars et nous avait donné peu d’espoir: «Tiger au Masters? Vu la façon dont il marche, je serais très surpris. Il est extrêmement précautionneux.» C’est la deuxième année consécutive que le quadruple vainqueur de l’épreuve (1997, 2001, 2002, 2005) déclare forfait, et la troisième fois en quatre ans. Il viendra malgré tout ce mardi soir pour le dîner des champions, mais on l’imagine mal rester sur place les jours suivants.

Un dos en compote

Faut-il encore rappeler la sécheresse de son bilan depuis fin 2015 et sa troisième opération au dos? Une année blanche et sèche, puis un retour chaotique en décembre dernier aux Bahamas (le record de birdies sur la semaine, mais au final 15e sur 17 joueurs), avant deux sévères coups de triques cet hiver: cut manqué en Californie, et abandon à Dubaï après un premier tour cauchemardesque (77, +5). Avec le dos en compote, une nouvelle fois, sans qu’on connaisse vraiment la nature du problème.

Tout le monde a sa petite idée sur le sujet, mais peu nombreux sont ceux qui osent vraiment penser à voix haute. Sauf les têtes brûlées trop spontanées pour se couper la langue, tel Pat Perez, 62e joueur mondial, surnommé «Psycho Pat» pour ses mémorables coups de colères. Il s’est ainsi lâché voilà quelques semaines: «Tiger vient de lancer sa nouvelle marque avec son nouveau logo, alors il aura besoin de jouer quelques tournois pour montrer son driver Taylor Made, ses fringues Nike et son sac à la télé. Mais la vérité, c’est qu’il ne peut plus battre personne ici et il le sait très bien. A Dubaï, en février, il a joué 77 le premier jour, et ce gars ne peut pas scorer 77. Donc il fait quoi le jour suivant? Il dit qu’il a mal au dos et il abandonne. Il ne peut pas se permettre de jouer aussi mal.» Des propos qu’il a vite regrettés, mais jamais niés et qui résument l’avis général: c’est surtout la tête qui n’irait plus chez Tiger Woods. Qui serait désormais incapable de retrouver le feu sacré, la confiance et l’implication tellement le chantier est devenu immense.

Fascinant s’il peut gagner

Il ne jouera pas Augusta et c’est presque un soulagement de l’apprendre. Car son jeu ne peut pas être au top après tant d’absences et de ratés au redémarrage, et voir une telle gloire simplement participer à une épreuve pour en sortir après deux tours est sans intérêt. Il fascine si, et seulement si, il peut gagner. Personne n’a oublié les grands moments de gêne à l’hiver 2015 en Arizona quand il enchaînait grattes et tops au petit jeu pour ramener des scores indignes d’un professionnel. Car la fascination parmi ses pairs ne s’est toujours pas démentie. Rory McIlroy jurait s’être réveillé au milieu de la nuit en janvier dernier pour voir ses premiers coups du Farmers Insurance Open sur le PGA Tour. Idem pour Danny Willett, tenant du titre au Masters, qui lui assurait carrément avoir regardé l’intégralité de ses deux tours malgré une méforme évidente (+4, cut manqué de quatre coups).

Son agent Mark Steinberg jure qu’il retape des balles à pleine puissance depuis une semaine, mais plus personne ne croit celui qui glisse des infos aussi fiables qu’un sondage avant une élection présidentielle en France. L’immense majorité des acteurs et suiveurs du golf circus pense qu’il ne sera plus jamais compétitif au plus haut niveau. Tous souhaitent se tromper mais peu en doutent.