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Timea Bacsinszky s'est qualifiée pour la seconde fois de sa carrière pour les demi-finales du tournoi de Roland-Garros. 
© Getty Images/Ian MacNicol

Tennis

Timea Bacsinszky, le cinquième élément

Dans la pluie et le vent, la Suissesse s’est jouée des conditions météo et de Kiki Mladenovic (6-4 6-4). La voici en demi-finale de Roland-Garros, comme en 2015

Ce quart de finale a été présenté à tort comme un affrontement entre Timea Bacsinszky et Kiki Mladenovic. C’est surtout un match contre les éléments. Les deux joueuses doivent composer avec l’eau (il pleut), l’air (le vent parcourt les travées en rafales) et la terre (battue) qui s’élève en nuages. Il manque le feu, mais le public, qui sort à peine de table, est éteint.

Le mot d’ordre de L’Equipe à Mladenovic – «Frapper fort» – est donc obsolète. Il faut ruser bien davantage que forcer, faire avec les conditions du jour plutôt que lutter contre. Timea Bacsinszky est la première à le comprendre. La Suissesse gagne le toss mais laisse à son adversaire le plaisir de servir en premier. C’est bien calculé: break d’entrée. Bacsinszky confirme derrière, non sans difficulté (une balle de break sauvée). Tout le set est à l’avenant: les serveuses sont systématiquement mises en difficulté, et régulièrement breakées. Le score avance par deux: 2-0, 2-2, 4-2, 4-4, et finalement 6-4.

Courage et intelligence

Timea Bacsinszky manque un peu de tranchant lorsqu’elle se situe à mi-court mais elle est magnifique de courage et de justesse tactique pour déplacer la Française. En face, Kristina Mladenovic résiste par des coups de dégagement si profonds qu’ils en deviennent des attaques, démontre parfois un joli toucher mais s’enferre dans les amortis.

Dans le neuvième jeu, alors que les joueuses sont à 4-4, le vent tombe un peu et les échanges sont superbes. La première manche se joue là, dans une succession d’avantages et d’égalités. Le clan Mladenovic réveille le public, Timea Bacsinszky perd deux points spectaculaires – ceux qui marquent plus les esprits que le tableau d’affichage – mais ne renonce pas. Elle anticipe bien deux amortis, sort de sa raquette une accélération de revers et pousse finalement Kiki à la faute. Elle doit encore conclure sur son service, après le changement de côté et face au vent. Pas gagné… La Vaudoise sauve une balle de break avec un maximum de réussite (sa balle heurte le filet et retombe pleine ligne) et conclut sur un superbe ace, son premier du match.

Elle est bien partie mais les éléments se déchaînent. Le ciel s’obscurcit, et les tribunes aussi car les parapluies noirs coiffent soudain les panamas blancs. A 1-1, 30-40 service Mladenovic (Bacsinszky a mené 0-40), les joueuses sont renvoyées dans le ventre du court Central. Il est 15h27. On ne sait pas alors quand elles reviendront.

Trois heures de pause

Avec la pluie, c’est un autre match qui débute. Les ramasseurs de balles tirent, en même temps que les bâches, le rideau sur la partie invisible qui va dorénavant se jouer en coulisses. Faut-il manger? Se reposer? Se détendre ou rester concentrée? L’attente est d’autant plus difficile qu’elle est constamment prolongée. Les annonces micro se succèdent («Pas de reprise avant 16h», «Pas de reprise avant 17h», «Pas de reprise avant 17h30», etc.). Un à un, les autres matchs sont reportés au lendemain, même les deux quarts de finale masculins.

Lorsque les deux joueuses reviennent enfin, l’interruption (3h15) a été deux fois plus longue que le match (75 minutes). D’ailleurs, le speaker refait les présentations. Le score, lui, est resté en l’état: 1-1, 30-40. Kristina Mladenovic doit d’emblée servir pour ne pas être breakée. Son premier engagement est une balle de break contre elle. Elle ne s’est pas particulièrement échauffée au service: c’est dans la tête que cela se joue. Mladenovic, qui a plusieurs fois renversé des montagnes dans ce Roland-Garros, gagne son service, puis son jeu, puis celui de Bacsinszky.

La maîtrise des éléments

Il en faut davantage pour décourager la Lausannoise, qui développe alors un niveau de tennis exceptionnel. Menée 1-3, Bacsinszky ne rate quasiment plus rien, arrache deux breaks et les applaudissements admiratifs du Central. Il est 19h05, elle mène 4-3 service à suivre, lorsque l’arbitre annonce une nouvelle interruption de la partie. Il ne pleut pas encore, le public siffle, les joueuses ramassent leurs affaires sans discuter. Les bâches se déploient d’autant plus vite qu’elles sont encore luisantes.

L’orage est aussi intense que bref. Très vite on débâche, on ratisse, on balaie. Les juges, le public, l’arbitre reviennent. Un linge sur les épaules, Timea Bacsinszky fait des flexions dans le couloir. Nouvel échauffement, réduit de moitié. La Suissesse perd le premier point et se retrouve sous pression (0-30). Elle retourne la situation, mène 5-3 et conclut à 6-4 sur sa première balle de match.

Cette partie entamée à 14h15 et conclue à 19h46 n’aura duré que 1h48. Timea Bacsinszky y aura dominé son adversaire et maîtrisé les éléments. Elle accède aux demi-finales pour la seconde fois de sa carrière. Il y avait Rosset, il y avait Hingis, il y a Federer, il y a Wawrinka. Il faut désormais y ajouter Timea Bacsinszky, le cinquième élément.

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