L'équipe de Suisse ne voyagera pas à Londres pour le dernier carré du Championnat d'Europe des nations. Elle s'est inclinée ce vendredi contre l'Espagne en quarts de finale. Le score était de 1-1 après 90 minutes de jeu et les prolongations n'ont rien donné. Comme contre la France au tour précédent, tout s'est donc joué au cours d'une séance de tirs au but que les mêmes courageux ont beaucoup moins bien négociée que la première.

Tout avait bien commencé avec un raté de Sergio Busquets puis une frappe parfaite de Mario Gavranovic. Mais les trois Suisses suivants - Fabian Schär, Manuel Akanji et Ruben Vargas - ont manqué leur affaire, tandis que Dani Olmo, Gerard Moreno et Mikel Oyarzabal visaient juste. En l'espace de quelques minutes, les espoirs des quelque 600 supporters placés juste derrière la cage se sont envolés.

Avec cette élimination, l’équipe de Suisse connaît son nouveau plafond de verre. Elle a profité de cet Euro pour franchir le cap des huitièmes de finale, sur lequel elle avait buté lors des trois grands tournois précédents. Mais elle n’a pas réussi à enchaîner au-delà. Le triple vainqueur de la compétition (1964, 2008, 2012) évite pour sa part une nouvelle grosse désillusion après deux éliminations en huitièmes de finales, contre l’Italie à l’Euro 2016 et la Russie à la Coupe du monde 2018. Que les autres équipes en soient prévenues: depuis l'introduction des quarts de finale en 1996, l'Espagne a gagné le tournoi chaque fois qu'elle les a passés, soit deux fois sur quatre.

Sans grand regret

Les joueurs de la Nati étaient de retour à Saint-Pétersbourg, où ils avaient été éliminés en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2018 par la Suède (1-0). Pendant une heure, ils ont pu craindre que l’histoire leur fasse un vilain clin d’oeil. L'ouverture du score ibérique, sur une frappe de Koke déviée par Denis Zakaria, ressemblait tellement à celle du Scandinave Emil Forsberg. Le même but dans la même cage du même stade, comment ne pas redouter la même issue?

Mais depuis, les footballeurs suisses ont grandi, individuellement et en tant qu'équipe. Et ils se sont démenés pour que le score n'en reste pas là. Pour prolonger l'aventure, d'abord au-delà des 90 minutes, puis jusqu'au bout des deux périodes de prolongation. Et alors, il faut croire que la marche était trop haute.

La déception est terrible, forcément. Il y eut des regards froids et de chaudes larmes, surtout sur les joues des jeunes joueurs. Mais le tournoi se termine objectivement sans grand regret à nourrir. Il y eut des moments difficiles, notamment contre l'Italie au premier tour (3-0). Mais il eut surtout un exploit majeur contre les champions du monde en titre, et puis une prestation digne d'éloges, sur le plan du courage et de l'engagement, contre une seconde grande nation du football.

Un grand Yann Sommer

La séance de tirs au but fatidique, l'équipe de Suisse a dû se battre pour aller la chercher. Suite à l'expulsion sévère de Remo Freuler à la 77e minute, et face à une formation qui l'avait déjà privée de ballon à onze contre onze, elle s'est retrouvée condamnée à défendre. Elle l'a fait avec coeur et abnégation, sans paniquer, et sans commettre d'erreurs fatales. Elle a surtout été portée par un Yann Sommer en état de grâce, comme depuis le début de l'Euro. Le gardien du Borussia Mönchengladbach a multiplié les parades décisives, repoussant des poings, bloquant, déviant d'une main toujours ferme. Mais sa performance héroïque n'aura pas suffi à propulser les siens au tour suivant.

En huitième de finale contre la France, il fut clair d'emblée que la Nati était dans un bon jour et qu'elle poserait des problèmes à ses prestigieux adversaires. Ce vendredi, la première impression fut bien différente avec un problème qui, dès le coup d'envoi, s'est posé tout entier. L'Espagne allait priver la Suisse de ballon, et l'empêcher d'installer son football habituel. Après cinq minutes, les hommes de Luis Enrique atteignaient la centaine de passes réussies quand ceux de Vladimir Petkovic n'en avaient pas fait dix. Même quand ils récupéraient le cuir, ils se montraient incapables de le conserver soit par tentative précipitée de trouver la verticalité, soit par impossibilité de résister au pressing adverse.

Comme on pouvait le craindre, l'absence du capitaine Granit Xhaka a pesé lourd sur la prestation helvétique. Pas spécialement pour le rôle de chef harangueur qu'il avait assumé jusqu'ici - il n'y a pas à douter de la bonne volonté de qui que ce soit - mais pour sa fonction de catalyseur du jeu. Quand il est là, tous les ballons passent par lui, et ce n'est pas si facile à compenser.

La pesante absence de Xhaka

Certaines équipes paraissent meilleures lorsqu'elles sont privées de leur star, car cela pousse chaque joueur à assumer un peu plus de responsabilités. Vladimir Petkovic l'avait dit avant le match: «Granit n'est pas là mais j'ai bon espoir que les autres en feront 10% de plus que d'habitude.» Le souci, c'est que pas grand-monde n'est capable de «faire du Xhaka». Denis Zakaria, qui l'a remplacé poste pour poste, possède un profil différent, intéressant par ailleurs, mais il est souvent resté passif ou caché quand son capitaine se serait offert pour un relais, notamment auprès des défenseurs.

En première période, ce déficit de solution a paru insurmontable pour la Nati, qui n'est pas parvenue à adresser la moindre frappe en direction du but d'Unai Simon. Après la pause, la physionomie de la rencontre a un peu changé avec un pressing suisse renforcé, et ce qui peut être qualifié d'un sursaut d'orgueil. Petit à petit, les Suisses ont pris confiance et ont montré plus d'agressivité. Il a toutefois fallu un petit coup de main du destin pour leur permettre d'égaliser, Remo Freuler récupérant dans les seize mètres espagnols un ballon cafouillé par deux défenseurs. Sa passe pour Xherdan Shaqiri était un caviar comme toutes les bonnes tables de la ville en servent, et le capitaine d'un soir ne l'a pas gâché.

L'équipe de Suisse connaissait alors un vrai temps fort. Elle se découvrait la capacité de faire douter l'Espagne, et l'envie de ne pas s'arrêter là. Mais dix minutes plus tard, elle s'est retrouvée à dix et n'a plus eu d'autre choix que de faire le dos rond. Attendre un miracle. Ou la séance de tirs au but. On sait comment cela s'est terminé.