Brandi Chastain et Briana Scurry n'oublieront pas de sitôt le 10 juillet 1999. Il y a même fort à parier que cette date restera gravée éternellement dans leur mémoire de footballeuse. Après cent vingt minutes vierges de but, samedi, ces deux Américaines ont offert une seconde Coupe du monde à leur pays devant 90 000 spectateurs déchaînés. Quand la Chinoise Liu Ying s'est élancée pour tirer le troisième penalty, la gardienne Briana Scurry a volontairement quitté sa ligne de but. Elle a ensuite choisi le bon côté (le gauche) pour dévier un tir du plat du pied d'une improbable parade. «Je sais, a-t-elle souligné après le match. Je n'ai pas respecté le règlement mais, en finale de Coupe du monde, tous les gardiens de but ont l'habitude de faire ça.»

Clinton épaté

De toute façon, Nicole Mouidi-Petignat, l'arbitre suisse de la rencontre – par ailleurs excellente – n'y a vu que du feu. Pour sa part, alors que ses coéquipières avaient réussi un joli sans-faute, la droitière Brandi Chastain n'a pas perdu son self-control au moment crucial. Sans fioritures, elle a inscrit le cinquième penalty victorieux du pied gauche. Dans un Rose Bowl de Pasadena en délire, la séduisante Brandi a gentiment trompé la vigilance de la gardienne chinoise. Quand elle a réalisé ce qui se passait, elle a tout simplement jeté son maillot pour se retrouver en soutien-gorge. Politically correct? Après la rencontre, elle a voulu expliquer son exubérance. «Avant de tirer ce penalty, je ne savais plus où j'étais. Quand l'arbitre a sifflé, j'ai perdu conscience et j'ai tiré dans un état second. Ensuite, tout s'est embrouillé dans ma mémoire. Je sais seulement qu'il s'agit du plus beau jour de ma vie.»

Presque à chaque fois que les Américaines battent les Chinoises dans la finale d'un tournoi majeur, l'une d'entre elles éprouve visiblement le besoin de se déshabiller. Au milieu d'une nuit de juillet 1996, quelques heures après la victoire des Etats-Unis sur la Chine (2-1) aux Jeux olympiques d'Atlanta, la gardienne de but Briana Scurry était sortie d'une voiture devant ses amis, avait enlevé ses vêtements et couru complètement nue à travers les rues d'Athens, en Géorgie. Samedi, c'était donc au tour de Brandi Chastain. Mais, malgré l'esprit puritain qui sévit aux Etats-Unis, personne n'a trouvé ce comportement festif déplacé.

10 millions de dollars

de bénéfice

A ce moment, quand le ballon a transpercé les filets chinois pour la cinquième fois, Sun Wen et ses coéquipières ne se sont pas effondrées. Au contraire. Main dans la main dans le rond central, elles ont fait corps très dignement, avant d'aller féliciter leurs adversaires. Quelques instants plus tard, c'est le président Clinton qui a personnellement félicité les joueuses dans les vestiaires. Il a vivement congratulé les nouvelles championnes du monde et salué «la sportivité des Chinoises».

Malgré son inculture footballistique – sa fille Chelsea a pourtant joué au football dès l'âge de 6 ans –, Bill Clinton, comme beaucoup de monde, est tombé sous le charme du football féminin. «Cette Coupe du monde m'a permis d'apprendre quantité de choses sur le soccer et sur les athlètes féminines, a-t-il souligné. Cette finale a été une leçon de courage et d'endurance.» Il est vrai qu'au cours de cette rencontre très serrée au style de jeu exclusivement défensif, les Américaines n'ont pas déçu leur public. Mais le trophée aurait pu basculer dans l'autre camp. Et, comme l'a justement souligné l'entraîneur chinois, Ma Yuanen, les Etats-Unis ont eu «plus de chance». En sport comme ailleurs, ce sont donc les petits coups du sort qui font parfois la différence.

Mais la comparaison s'arrête là. La Fédération américaine de football (USA Soccer) envisage de créer, d'ici à l'an 2001, une ligue professionnelle de football féminin. Un projet de faisabilité financière a déjà été commandé, et le succès populaire de cette Coupe du monde devrait faire avancer les pourparlers. «Les bénéfices du mondial devraient s'élever à 10 millions de dollars et pourraient être utilisés dans cette optique, a expliqué au Temps Marla Messing, la présidente du Comité d'organisation. Cette idée était dans l'air depuis longtemps, mais je suis de plus en plus optimiste. Développer une ligue professionnelle de football féminin serait une superbe manière de convertir la réussite de ce Mondial dans le concret. Il s'agit d'un projet à long terme.»

Aux Etats-Unis, il n'y a plus de doute à ce sujet. Et même si cette perspective d'avenir paraît incongrue en Europe, le football féminin sera bientôt un sport majeur de l'autre côté de l'Atlantique.