La neige n'est pas loin, les joueurs affichent une mine fermée. Le Togo, futur adversaire de la Suisse au Mondial - le 19 juin à Dortmund -, poursuit sa préparation dans un décor improbable. Il est 17h52 lorsque le car s'arrête devant le Rheinpark Stadion de Vaduz, enceinte en chantier sise dans un cadre bucolique. Le plus grand événement de la planète football, qui n'a jamais été aussi près, paraît très loin. «Fait pas plus chaud qu'ailleurs, ici», grimace dans sa doudoune Yao Aziawonou, joueur des Young Boys. Les Eperviers, première sélection à avoir pris ses quartiers en Allemagne le 15 mai dernier, sont là pour disputer une dernière rencontre amicale face au Liechtenstein - ils la gagneront grâce à un but de l'ancien Servettien Coubadja Kader - avant leur entrée en lice devant la Corée du Sud. Invités surprises outre-Rhin, ils poursuivent une préparation marquée par les frimas, la varicelle et les coutumières palabres autour des primes de match.

Cette question-là constitue le principal sujet de conversation au sein d'une sélection africaine avant un rendez-vous majeur. Les joueurs togolais, qui exigeaient initialement 100 millions de francs CFA - environ 150000 euros - pour leur participation à la Coupe du monde, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse. Ils réclament désormais 80 millions, plus 30 par match gagné, tandis que leur fédération jure qu'elle est incapable de débourser davantage que 20 millions par tête de pipe. Les dissensions engendrées cet hiver avant la Coupe d'Afrique des nations avaient nécessité l'intervention gouvernementale. On se dirige vers une issue similaire.

Les autorités ne peuvent rien, en revanche, contre les maladies contagieuses. Or, la varicelle a frappé du côté de Wangen im Allgäu, non loin du lac de Constance, où les Togolais ont établi leur base. Richmond Forson, joueur du club amateur de Poire-sur-Vie, en France, est au fond du lit avec de fortes fièvres. Pour l'instant, il est le seul. «Richmond a été très malade. Nous espérons que personne d'autre ne sera contaminé», lâche Joachim Schubert, médecin allemand - tout comme le sélectionneur Otto Pfister - de l'équipe qui ignore qui est vacciné ou non.

La délégation s'immunise comme elle peut contre les contrariétés météorologiques: bonnets, gants, thé chaud constituent l'attirail idoine. Mardi, le groupe a même dû trouver refuge sur une pelouse synthétique à cause de la couche de neige recouvrant le terrain d'entraînement. Le vétuste hôtel Waltersbühl Haus, fermé à tout journaliste, semble par ailleurs ne pas satisfaire les troupes. Peut-être perturbé par ce manque de confort, le responsable du matériel a trouvé le moyen, dimanche dernier, d'oublier les maillots en vue d'un match amical face à Olympia Laupheim, aimable pensionnaire de 5e division allemande. Grâce à la promptitude de la police, la rencontre, gagnée 2-0, n'a débuté qu'avec une demi-heure de retard.

Sur le terrain, tout ne semble pas parfaitement huilé non plus. Peu convaincant vendredi soir à Vaduz, le Togo reste sur une défaite devant l'Arabie saoudite à Maastricht (0-1) et un succès chiche (3-2) contre une sélection de sous-préfecture bavaroise. «En football, seul le travail paie», assène l'aventurier sexagénaire Otto Pfister. «En Allemagne, je pense que nous serons à la hauteur. L'équipe qui a débuté face au Liechtenstein devrait être celle qui sera sur le terrain le 13 juin face à la Corée du Sud.» Qu'en aura pensé Pierluigi Tami, émissaire du sélectionneur helvétique Köbi Kuhn?

Dans de telles circonstances, bien des équipes baisseraient pavillon. Mais le Togo, qui a tout de même éliminé le Sénégal - quart de finaliste lors du Mondial 2002 -, a des raisons de croire en lui. Tobui Gnagblondjro III, président des prêtres vaudous du pays, a d'ailleurs expliqué que tous les fétiches veilleraient sur les Eperviers. «Les esprits ancestraux disent que nous irons loin dans cette compétition», souligne-t-il. L'homme prévoit deux victoires face à la Corée du Sud et à la France, tout en précisant qu'il ne pourra indiquer le score que deux jours avant les matches.