En digne capitale de l’Empire du Soleil-Levant, Tokyo cultive le mystère. Pour mieux sabrer tout le monde au katana lors du ­combat final? Des «insiders» olympiens affirment que le lobbying japonais aura été maladroit, sinon désastreux. Trop soft, discret, quasi ectoplasmique au début, agressif en diable sur le tard. Deux tactiques qui ne ­séduisent guère les membres du CIO.

D’autres annoncent au contraire les Tokyoïtes comme l’équipe surprise de la compétition, celle susceptible de coiffer les Amériques. Sur quels éléments se basent-ils? Sur le fait que la mégapole nippone a déjà organisé les Jeux en 1964 – les premiers en Asie – et que ce fut un succès magistral. Sur la conviction que «la candidature de Tokyo 2016 est axée sur la promotion d’une vision contemporaine des Jeux, en livrant, dans une grande métropole, des JO durables sur le plan social, environnemental et économique», écrit la CEV. Sur la compacité des sites sportifs, comparable à celle de Chicago.

Et puis, il y a les sous. Le gouvernement national et la Ville garantissent le financement des infrastructures jusqu’au moindre centime, la couverture de tout déficit éventuel, plus la création d’un «fonds de réserve olympique» culminant à 3,7 milliards de dollars. Qui dit mieux?

Partition parfaite en apparence, les fausses notes étant nombreuses. Par exemple: les mauvais sondages, indiquant que seuls 55,5% des Tokyoïtes (54,5% des Japonais, lire l’encadré) se déclarent favorables aux Jeux – largement les chiffres les plus bas des quatre préten­dantes; plus grave, «il est apparu qu’un certain nombre de sites mentionnés comme existants devaient en réalité être construits» (contre-vérité relevée par la CEV); enfin, défaut majeur, le terrain disponible pour l’édification du village des athlètes est trop exigu.

Ultime détail: côté géopo­litique, Pékin 2008 n’est pas loin. En sachant que huit années d’écart n’ont jamais empêché le CIO d’accorder les Jeux estivaux au même continent (Helsinki 1952 et Rome 1960, Munich 1972 et Moscou 1980, Athènes 2004 et Londres 2012…) Hasard ou non, ces cas concernent uniquement l’Europe. Cote du Temps: 25 contre 1.

L’avis de Jean-Loup Chap­pelet: «Les Japonais ont fait très fort en termes de dossier ­technique, au niveau des distances raccourcies à l’intérieur d’une telle cité, et en utilisant pour ­moitié les installations de 1964 qui seront rénovées – d’où ces ­fameux «sites existants mais à construire». Le reste sera bâti sur la mer, en particulier un splendide stade olympique, ­monument symbolique digne de l’opéra de Sydney ou de la ­statue de la Liberté. Quant au manque de soutien populaire, il découle de sondages préma­turés [février 2009]. Depuis, ­l’enthousiasme a sérieusement grimpé.» Cote de l’expert: 3 contre 1.