Chez lui, l'envie de gagner est génétiquement programmée. Comme un besoin vorace qu'il nourrit au quotidien. Tony Parker appréhende la vie comme une grande compétition. La scène se passe à San Antonio, il y a quelques années, dans le jardin d'Olivier Pheulpin, journaliste et, à force de promiscuité, ami aussi.

Ce dernier, joint par téléphone, raconte: «Mon fils avait 4 ans. Il était déjà fou de sport et enfilait les paniers dans la cour. Tony débarque avec des amis et commence à jouer avec lui. Le petit marque une fois, deux fois, et Tony s'énerve. Il se colle alors contre mon fils, lui fait un «post-up» et le repousse jusqu'au panier. Le gamin s'est mis à pleurer. On regarde Tony et on lui dit: «Tu fais quoi? T'es malade?» Il nous répond: «C'est lui qui a commencé.»

Une anecdote illustrant de manière caricaturale l'esprit qui habite l'icône du basket français, 26 ans, qui entame aujourd'hui sa 8e saison en NBA avec les San Antonio Spurs. «Ça résume bien l'animal, poursuit Pheulpin. Parker, c'est tout pour la gagne. Tout le temps et pas qu'en basket. Dans une conversation, il veut toujours avoir le dernier mot. Il est incapable de débrancher et a besoin de tout contrôler en permanence. Il me rappelle Michael Jordan qui, à l'aéroport, ouvrait les paris pour savoir quel sac apparaîtrait en premier sur le tapis.»

Michael Jordan. Pour Parker, la comparaison est flatteuse. Lui qui reconnaît avoir idolâtré cet illustre aîné: «Enfant, je savais ce que je voulais faire: aller en NBA. Je rêvais d'être Michael Jordan», confiait-il, un jour, à L'Equipe Magazine. C'est à 11 ans, après une saison de football au FC Dieppe et une première année de basket avec les poussins de Fécamp, qu'il fait son choix. Empreint d'atavisme. Il sera basketteur professionnel comme son père, Tony Senior. Un paternel qui a fait carrière aux Pays-Bas - où il rencontra Pamela, la maman - et pour qui le sport fait partie de l'éducation. Ce géniteur scrupuleux, ambitieux, se dit convaincu que Tony ne serait pas là aujourd'hui s'il ne lui avait pas consacré autant de temps. «Ses parents ont divorcé quand il avait huit ans, raconte encore Olivier Pheulpin. C'est le père qui gardait les enfants. L'archétype du Noir américain qui veut réussir. Il était strict. Avec lui, c'était le basket à fond. Pendant les vacances, les garçons étaient avec leur mère, ancien mannequin qui menait une vie un peu bohème. Tony passait de la rigueur paternelle à l'extravagance la plus totale.»

Pamela confirme. Dans L'Equipe Magazine, elle avoue qu'avec elle, «c'était la créativité et l'aventure. Des vacances à la Indiana Jones en 2 CV». Papa Parker, lui, reconnaît avoir apporté un peu de sa mentalité américaine à son fils. Pour compenser le jeu structuré distillé par les entraîneurs tricolores. Il dit lui avoir toujours posé un défi personnel. L'apprentissage, à ses yeux, n'étant pas une question de niveau, mais de mental.

C'est le mental, donc, et ce caractère affirmé qui va permettre au jeune Parker de percer et de combler un physique a priori désavantageux. «La première fois que je l'ai récupéré en stage national - il devait avoir 14 ans - il était petit, tout maigre et ne ressemblait pas à grand-chose. Mais il avait un sens du panier, un engagement et une détermination que je n'avais jamais vus», se souvient Pierre Vincent, qui accepte d'interrompre une partie de tarots pour parler du prodige. Il poursuit avec délice: «Peu après ce stage, j'ai été nommé à la tête de l'équipe de France juniors et je l'ai retenu avec deux ans d'avance. «TP» possède une force intérieure qui lui permet de déplacer des montagnes. Au début, il dérangeait ses coéquipiers (plus âgés que lui) par son attitude. Un Français a du mal à dire qu'il est le meilleur. Lui, ça ne le dérangeait pas du tout. C'était son côté américain. Il s'est fait accepter en montrant ce qu'il savait faire.» Et d'insister sur la capacité de Parker à se sublimer dans les moments difficiles et à tirer les enseignements de ses expériences infructueuses. Ensemble, ils ont décroché le titre de champions d'Europe juniors. Son plus beau fait de gloire sous la bannière tricolore.

Parker dit: «Je vis aux Etats-Unis, mais je suis Français jusqu'au bout des baskets.» Ce patriotisme nourrit sa fidélité indéfectible aux Bleus. A cette équipe nationale qu'il semble porter seul sur ses épaules. Et avec laquelle - pour l'instant, il culmine à une médaille de bronze aux Européens - il rêve de défricher des sommets inconnus. Et d'assouvir un jour son désir d'olympisme. «Il a envie de réussir en équipe de France, insiste Pheulpin. Il le vit comme un échec permanent et ça lui fait mal. Tant que Tony n'aura pas décroché un titre avec eux, les Bleus n'ont pas de souci à se faire, il sera là.»

Au bout du fil, Claude Berzot, entraîneur des Bleus de 2004 à 2007, évalue l'apport du joueur des Spurs: «TP» est un grand leader. Il a aidé à la gestion du groupe car c'est une vraie star, positive, qui va toujours dans le bon sens, contrairement à un joueur de petit niveau qui aura toujours des états d'âme.» Berzot, lui aussi envoûté, résume Parker par une formule: «On a l'impression qu'il a déjà vécu la vie qu'il vit aujourd'hui. Il réussit tout ce qu'il entreprend avec une facilité déconcertante. Il est d'une intelligence supérieure, curieux de tout. Il stimule une motivation permanente en s'informant de tout.»

Depuis son mariage avec Eva Longoria, icône hispanique de la série Desperate Housewives, Tony Parker a changé de dimension. A San Antonio, ses potes le voient moins. Chaque déplacement du couple glamour suscitant l'hystérie dans la petite ville texane. «Avant, il sortait tout le temps, maintenant beaucoup moins. Parfois au cinéma. Dans le noir, on l'importune moins. Il se protège, c'est normal. Mais Tony reste accessible», confie encore son voisin Pheulpin.

Malgré sa célébrité, «TP» n'oublie pas ceux qui l'ont aidé à se construire. «C'est son côté américain. Le respect du coach. Après son mariage, je n'osais plus trop me manifester et il a cru que je le snobais, ajoute encore Pierre Vincent. Cet été, nous sommes allés voir les demi-finales de NBA. Il nous a accueillis chez lui pendant une semaine. Mes enfants étaient aux anges. Il est sensible à ça, lui qui, petit, rêvait de Jordan.»