«France favorite», selon Marc Rosset. «Chances égales», d'après Roger Federer. «45-55 en faveur des Suisses depuis le forfait de Grosjean», grimace Guy Forget, le capitaine français. L'analyse s'émancipe mais, au fond d'eux, joueurs et capitaines en savent l'inanité. Une rencontre de Coupe Davis obéit plus souvent à des émotions, voire à des réactions épidermiques, qu'à des données rationnelles. A ces fragiles certitudes vient se greffer, en l'espèce, le contexte particulier des deux équipes, à commencer par celui de la France, dont le groupe macère depuis quelques mois dans ses rancœurs indélicates.

Tour à tour, Guy Forget a désamorcé les attaques de Nicolas Escudé sur ses entraînements de forçat, éconduit Fabrice Santoro pour d'obscures incompatibilités, essuyé les reproches de Michael Llodra sur ses esclandres publics et, enfin, échangé des rixes verbales avec son président, Christian Bîmes, qu'il suspecte ouvertement d'œuvrer à sa perte. Entre deux polémiques, Yannick Noah a dénoncé les errances du tennis français, parfois même les «politicards» qui y souscrivent.

Dans cet amalgame un peu hybride d'individualités solitaires et d'intérêts divergents qu'est une équipe de Coupe Davis, les querelles intestines de la France ne sont pas si anodines. La Suisse le sait et qui, précisément, puise son énergie dans une connivence soigneusement cultivée. Elle qui s'était imposée à Toulouse, l'an dernier, en profitant tout autant des premières dissensions apparues chez son adversaire que de sa propre fraternité.

Problème: l'équipe de Suisse n'est pas homogène. «Nous disposons d'un joueur phénoménal, mais derrière lui, chacun de nous est inférieur à tous les Français», convient Marc Rosset. Comme à l'accoutumée, Roger Federer semble plongé dans une solitude pesante. Difficile de croire encore aux talents avachis de Michel Kratochvil, retombé à la 197e place mondiale, tout à la fois écrasé par ses doutes, le spectre de ses desseins inaccomplis et l'ombre de Federer. Trop velléitaire, trop poissard, trop mignon.

Depuis le début de l'année, Ivo Heuberger est le plus régulier, mais sa constance ne lui serait d'aucune utilité pour réussir un exploit ponctuel. La tentation est grande, du coup, de titulariser le benjamin de l'équipe, Stanislas Wawrinka, dont le village est situé à quelques kilomètres de cette patinoire où il a vécu ses premiers émois de supporter. Le Vaudois a du cran et une certaine culture de la confrontation. Il a nettement moins d'expérience du haut niveau et de l'indoor. Quant à Marc Rosset, il n'a probablement pas assez de ressources physiques, ni de hardiesse, pour s'aligner en simple.

Par conséquent, le double revêtira, sans surprise, une importance capitale. Le tout est de découvrir si la Suisse reconduira l'attelage Federer-Allegro, inauguré au tour précédent en Roumanie, et basé sur une profonde amitié. A travers cette association entre deux joueurs aux destins asymétriques transparaît une entente, une relation humaine qui va bien au-delà de la complicité. Pour suppléer les éventuels manquements de son copain, matricule 370 à l'ATP, Federer est prêt à tout, même à occuper une position incommodante sur le flanc gauche. Mais le Bâlois pourrait aussi choisir – car en dernier ressort, la décision lui appartient – de retenter le coup de Toulouse où, après avoir passé la nuit dans les bras d'une cuvette W.-C., Marc Rosset avait été le meilleur joueur du double. Autrement dit, l'homme du troisième point qu'il recherche activement aujourd'hui.