On croyait les hockeyeurs lausannois gourmands. Erreur! Ces joueurs-là sont des ogres, insatiables depuis qu'ils ont éliminé Viège in extremis en demi-finale des play-off. Vendredi soir, dans une patinoire de Malley archicomble, ils ont dévoré le EHC Bienne, battu 6-3, pour remporter la finale de ces play-off en trois matches et s'emparer du titre de champion suisse de ligue nationale B. Un plat principal vite avalé, en attendant le dessert, dès jeudi prochain: une série au meilleur des sept matches face à Coire ou à La Chaux-de-Fonds, dont le vainqueur jouera la saison prochaine en ligue nationale A. Retour sur une soirée riche en retournements de situation.

Vingt heures. Massé dans une patinoire surchauffée, le public se prépare au festin en se léchant les babines. Persuadés de pouvoir fêter bientôt une nouvelle promotion en ligue A six ans après la dernière, les spectateurs lausannois se sont précipités sur les billets dès leur mise en vente. Une véritable razzia: mercredi, déjà, plus aucune des 9928 places n'était libre. Et l'ambiance, entretenue par le kop lausannois, est à la hauteur de l'événement. Dans les tribunes, les nostalgiques ont ressorti les pulls blanc et rouge tricotés qu'ils arboraient dans les années 70 sur les gradins de la vieille patinoire de Montchoisi. Les plus jeunes, eux, ont préparé une surprise visuelle, une multitude de cartons de couleur composant un trophée pour l'entrée des équipes sur la glace.

«Ici, relevait à raison un dirigeant vaudois, le public est capable de se mobiliser à l'occasion de matches clés. Peu d'autres équipes de hockey en Suisse peuvent compter sur un tel appui.» Et pourtant, au lieu d'être transcendés par ce public, les Lausannois commencent le match l'estomac noué. Le chef cuisinier Dmitri Shamolin a beau mitonner quelques actions de goût en spéculant sur les hésitations du gardien adverse Reto Schürch, le début de match vaudois est indigeste. La faute à des Biennois affamés après deux défaites initiales, et conscients de jouer là l'une de leurs dernières chances de participer au banquet final.

Motivés par l'enjeu, ceux-ci ébranlent la confiance d'une équipe que peu d'experts voyaient à ce stade de la compétition avant le début de la saison. C'est d'abord Claude Vilgrain, un ancien Lausannois sans pitié, qui profite d'une supériorité numérique pour ouvrir le score à trois minutes de la fin du premier tiers. Puis Björn Guazzini, malin, qui s'en va seul tromper l'excellent Flavio Streit au milieu du deuxième (31e), alors même que les estomacs vaudois commençaient à crier famine, et que le chouchou Shamolin les avait partiellement satisfaits en égalisant à 5 contre 3 (29e). Avec une hargne nouvelle, les Seelandais bousculent méchamment leurs hôtes, les narguent sous le regard amusé de la centaine de leurs supporters présents, et manquent même de creuser l'écart à plusieurs reprises.

Mais ce LHC-là, un brin empoté, en garde malgré tout sous la dent. Il y a dans cette équipe un enthousiasme évident. Et Oliver Tschanz, solide défenseur, se dit que la plaisanterie a assez duré. A quelques secondes de la fin du deuxième tiers, Tschanz tente un tir de loin. Bingo! 2-2 et match relancé. Match débridé, de plus en plus nerveux, délirant, même, quand l'inévitable Dmitri Shamolin offre une passe de gala entre les jambes à son coéquipier Philipp Orlandi, pour le 3-2 lausannois (44e). Car le LHC timide se fait glouton. A 5 contre 4, sa star russe inscrit le 4-2 (46e). Avant que Benny Plüss, réagissant au 4-3 de Cavallini (48e), corse l'addition en deux occasions (58e et 60e) et fasse chavirer Malley de bonheur.

Pour le champagne, il faudra patienter. La formule du championnat étant ainsi faite que le champion de ligue nationale B doit battre le perdant des play-out de ligue nationale A avant d'être promu, les bulles resteront au frais encore quelques jours. Le temps pour les Vaudois de digérer leur parcours, de découvrir le nom de leur futur adversaire et de se déplacer à Genève. Où, Mondiaux de curling à Malley obligent, le LHC jouera ses prochains matches… «à domicile».