Les organisateurs du Tour de France respirent. Ils ont réussi leur exercice de funambule sans s'écraser dans le ravin. Le bonheur. Car même si dès le Puy-du-Fou, les discours se sont voulus plutôt optimistes, ils n'ont pas permis de masquer les pertes d'équilibre.

Le Tour est donc arrivé à Paris. Mais le cyclisme n'est pas pour autant sauvé. Dans les faits, les dirigeants de la Grande Boucle ont fait leur travail de patrons: assurer la survie de leur entreprise. La recette: les compromis. Avec l'UCI concernant la réintégration de Richard Virenque. Avec les coureurs en leur expliquant, la menace de nouveaux contrôles antidopage à la main, qu'il était dans l'intérêt de chacun d'éviter les remous. Avec les sponsors enfin, à qui les organisateurs ont demandé de la patience, certains que le succès populaire de l'épreuve allait effacer les mauvaises pensées. Ce qui n'a pas manqué.

Ménager la chèvre et le chou n'a pas été facile. D'autant plus que le vent de la suspicion, hérité d'un passé récent très lourd, n'a cessé de souffler. A l'intérieur et comme à l'extérieur du peloton. Un doute entretenu par de petits détails, comme les omissions volontaires d'Armstrong et l'utilisation d'une pommade aux corticoïdes; comme les aveux spontanés de Dierckxsens; comme le retrait psychiquement forcé de Bassons, le «Monsieur Propre» du peloton, ou encore comme la vitesse de la course, puisque le Tour 1999 est le plus rapide de l'histoire. Le vent du doute ne s'est cependant jamais transformé en tempête. Il a été freiné par d'autres indices, plus réjouissants. Ainsi ne voit-on plus des rouleurs passer des cols de haute montagne sans transpirer, ni des grimpeurs rivaliser avec les meilleurs spécialistes du contre-la-montre.

Ces interrogations ont toutefois modifié le vocabulaire. Le Tour du Renouveau, porté aux nues avant son départ, est devenu le Tour de Transition. Mais vers quoi? Le pacte passé entre coureurs et organisateurs pour préserver la vitrine du cyclisme des bris de verre a-t-il une chance d'être transformé en accord durable? On ne peut que l'espérer. Les courses planifiées dans la seconde partie de saison, comme le Tour d'Espagne, très prisé par ceux qui ont fait de gré ou de force l'impasse sur la Grande Boucle, devraient permettre de mieux mesurer la sincérité de l'engagement pris par le cyclisme.