Encore une journée dite «de repos» sur le Tour de France plombée par une affaire de dopage! Mardi matin, l’équipe Cofidis dirigée par Yvon Sanquer qui a repris en mains l’équipe juste à la veille de la Grande Boucle, a reçu la visite des gendarmes à son hôtel de Bourg-en-Bresse (Ain). La descente, plutôt discrète, s’est effectuée à la demande du juge d’instruction de Marseille, Annaïck Le Goff.

Un coureur de l’équipe a été interpellé. Son nom? Rémy Di Gregorio, actuellement à la 35e place au classement général à 18 minutes du leader Bradley Wiggins. Le Marseillais qui fêtera bientôt ses 27 ans est cycliste professionnel depuis 2005. Comparé à Richard Virenque à l’orée de sa carrière, il a évolué dans les formations Française des Jeux et Astana avant de rejoindre Cofidis cette saison. En huit saisons dans l’élite, Di Gregorio, doté d’un caractère «assez bouillant» et expansif selon ses dirigeants, n’a pas particulièrement brillé. Il a pour succès le plus notable une victoire d’étape dans Paris-Nice en mars 2011. Cette année, il a enlevé au printemps une étape du Tour des Asturies, dont il a fini à la 3e place. Un palmarès qui lui vaudrait cependant un contrat de 250 000 euros (300 000 francs) par an pendant deux ans.

Rémy Di Gregorio, dont seule la chambre a été perquisitionnée, a été placé mardi en garde à vue dans le cadre d’une commission rogatoire ouverte en juin 2011 pour trafic de produits dopants en bande organisée, a indiqué à l’AFP le procureur de Marseille. Le coureur a été arrêté par la gendarmerie à Bourg-en-Bresse avant d’être transféré à Marseille pour y être entendu alors que parallèlement deux hommes étaient placés en garde à vue à Marseille et à Bourg-en-Bresse, dans le cadre d’une affaire présumée de dopage. Les deux hommes interpellés sont soupçonnés d’être «en relation» avec Rémy Di Gregorio, selon le parquet. «L’une des personnes mises en cause transportait dans son véhicule des produits dont la nature exacte reste à déterminer», a précisé le procureur.

Di Gregorio aurait, selon le site du quotidien sportif L’Equipe, «été trahi par un coup de téléphone passé de son portable à destination d’un potentiel trafiquant de produits dopants». Il était sur écoute dans le cadre d’une enquête ouverte l’an dernier concernant Astana, l’équipe kazakhe où il courait en 2011.

La formation Cofidis, qui a tenu une conférence de presse mardi à Mâcon, a rapidement confirmé une première sanction à l’encontre de son coureur: suspension à titre conservatoire, «dans l’attente de plus amples informations concernant la réalité des faits qui lui sont reprochés».

Devant les médias, Yvon Sanquer, le manager de l’équipe, a parlé d’«actes d’un coureur (qui) s’est égaré mais ça ne remet pas en cause l’équipe en soi. A mon avis, il n’a pas mesuré l’ampleur et la gravité de ce qu’il faisait. A un moment, il y a une fragilité avec un passage à l’acte qui fait basculer», a-t-il ajouté, ne laissant planer que peu de doute sur la véracité des faits reprochés.

Si les faits sont établis, dit Cofidis, Di Gregorio «sera licencié sur le champ comme le prévoient les termes de son contrat et la politique d’éthique de l’équipe». «Nous considérons malgré tout que ce cas isolé ne doit pas remettre en cause la participation de l’équipe au Tour de France et pénaliser ceux qui n’ont rien à se reprocher. L’équipe – les huit coureurs restant dont quatre néophytes sur le Tour – se présentera donc au départ ce mercredi matin», a ajouté Yvon Sanquer. La formation n’entend donc pas quitter le Tour, comme en 2007 dans les Pyrénées suite au cas du coureur italien Cristian Moreni.

Adhérente au MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible), Cofidis estime faire le maximum dans la lutte contre le dopage. Secouée par plusieurs affaires en 2004 et 2007, l’équipe a instauré des contrôles supplémentaires inopinés et mené des actions de prévention. «Nous constatons aujourd’hui que ces actions ne nous prémunissent pas contre les agissements isolés d’individus sans scrupule qui ternissent l’image du sponsor et salissent celle de tous les autres coureurs de l’équipe», conclut Cofidis.

Trois jours avant le départ de Liège, une enquête préliminaire dans le cadre d’une potentielle affaire de dopage visant l’équipe Europcar cette fois avait été révélée par L’Equipe, sans que des sanctions ne soient prononcées à l’encontre des coureurs dirigés par Jean-René Bernaudeau. Avec cette affaire Cofidis, c’est une deuxième formation française visée pour des faits juridiquement similaires.

Hier soir, le directeur du Tour de France Christian Prudhomme a estimé que l’interpellation de Di Gregorio était significative de l’action des instances et des pouvoirs publics dans la lutte antidopage. «Les autorités ne baissent pas les bras, ne relâchent pas leurs efforts.» Et de poursuivre: «Le message est le suivant: ceux qui trichent se font prendre tôt ou tard, chacun doit bien le comprendre et ça nous va très bien.»

«A mon avis, il n’a pas mesuré l’ampleur et la gravité de ce qu’il faisait»