«On ne pouvait espérer un meilleur départ!» Attablé sur la terrasse d'un petit restaurant, Jean-Marie Leblanc semble enfin se détendre. Assurément, les premiers jours du Tour de France durant lesquels le cyclisme a retrouvé le premier plan rassurent son patron. Et du même coup une grande partie de la caravane.

Rares cependant sont ceux qui ont passé l'éponge. Si une majorité du microcosme «vélo» profite de ce moment de répit, en espérant que cette embellie soit la plus longue possible, elle reste consciente que la moindre étincelle peut rallumer l'incendie.

Cette étincelle a failli se produire jeudi matin avec l'annonce d'un coureur positif aux corticoïdes par le quotidien L'Equipe. Ce dernier, toujours selon le journal, avait été pris à la suite des contrôles d'urine effectués par l'Union cycliste internationale samedi dernier après le prologue du Puy-du-Fou. En un instant, le spectre de la tricherie, qui jusqu'à présent était resté endormi, est rapidement revenu hanter les esprits et… la salle de presse.

Pour éviter que le feu ne se propage, l'UCI a vite réagi. En début d'après-midi déjà, l'organisme basé à Lausanne démentait l'information. «Nous n'avons pas eu de cas positif après le prologue. Certes un des quatre coureurs contrôlés présentait de la cortisone dans ses urines. Mais son équipe a présenté un certificat d'utilisation thérapeutique que nous avons accepté. La cortisone entre dans la catégorie des produits utilisables sous certaines conditions» explique Enrico Carpani, porte-parole de l'UCI. Incident clos. Il n'y aura pas d'autre commentaire.

Si ce va-et-vient de l'information illustre à merveille l'état d'esprit qui règne sur le Tour de France, il tient cependant de l'anecdote. Plus intéressant est le fait que l'UCI soit désormais en mesure de déceler la présence de corticoïdes dans les urines. Jusqu'à présent, il était impossible de faire la différence entre la production endogène des glandes surrénales et les apports exogènes. Une invisibilité qui a rendu cette famille de substances très à la mode depuis près de vingt ans dans le peloton. D'autant que les effets ne sont pas négligeables: ils font reculer la sensation de fatigue et de douleur et provoquent l'euphorie. Par contre, peu se sont souciés de leurs effets négatifs, à savoir les risques accrus de lésions tendineuses et musculaires, la fragilisation de la constitution osseuse, la rétention d'eau et de sodium ou le blocage des grandes surrénales, ce qui diminue les moyens de défenses de l'organisme.

La mise au point de ce test est récente. Sa paternité revient au laboratoire de Chatenay-Malabry, près de Paris. «Il a été finalisé la semaine dernière après un an de travail en laboratoire. J'ai donc contacté dans la foulée le Comité international olympique (CIO) et l'UCI», relate Jacques de Ceaurriz qui dirige le Centre national français de dépistage du dopage dans L'Equipe.

Une occasion que l'UCI n'a, semble-t-il, pas manqué, puisque la veille du prologue déjà, son président, Hein Verbruggen, a annoncé que ce test serait réalisé immédiatement. Avec sanction en cas de résultat positif. Et cela contre l'avis du laboratoire qui voyait plutôt une opération à «caractère pédagogique» destinée à obliger les coureurs à déclarer leurs prises de corticoïdes et d'éviter une automédication dangereuse.

Mais l'UCI ne l'entend pas de cette oreille. «La méthode sort peut-être juste de sa phase expérimentale, mais nous la considérons comme fiable,» résume Enrico Carpani. Raison pour laquelle, les fautes seront sanctionnées après contre-expertise. Une rapidité qui n'enchante pas Jacques de Ceaurriz. Selon le médecin, «il serait criminel de contraindre les coureurs pris à froid d'arrêter brutalement leur prise de corticoïdes avec les risques de provoquer des insuffisances corticosurrénales» Et de préciser qu'il faut environ un an pour rétablir la production endogène de cortisone.