Point de brouillard ni de pluie; il faisait beau, ce jeudi à Yverdon, pour la présentation officielle de la 72e édition du Tour de Romandie. Comme les clichés ont la vie dure, Yves Christen, président de la fondation qui l’organise, s’en est d’abord étonné (pour rire) avant de chercher dans ces conditions très printanières de bons présages en vue de l’épreuve qui se déroulera du 24 au 29 avril et baladera son peloton de 133 coureurs de Fribourg (prologue) à Genève (arrivée finale) en passant par Delémont, Yverdon ou encore Sion.

Il est trop tôt pour savoir quel sera le temps dans dix jours. Mais tout est possible sur le Tour de Romandie. L’an dernier, les cyclistes ont frayé avec la neige en montagne et les organisateurs avec la tempête en coulisses. Peu avant le départ de l’édition 2017, la Vaudoise leur annonçait son intention de mettre un terme à son sponsoring. Une décision loin d’être anodine puisque la compagnie d’assurances était le partenaire principal de l’épreuve depuis 2009. Son apport financier couvrait jusqu’à 20% du budget annuel (entre 4,5 et 5 millions de francs hors frais de production télévisuelle).

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«Quand un tel partenaire vous quitte, cela laisse un vide», témoigne l’ancien cycliste Richard Chassot, directeur général de l’épreuve. Pour le combler, son équipe et lui n’ont pas tardé à aller rencontrer d’autres sponsors potentiels. Qui prenaient un peu peur lorsqu’ils découvraient l’ampleur de l’engagement de la Vaudoise, devenue omniprésente (dans les comptes mais aussi sur le maillot de leader, au sein de la caravane publicitaire, dans le village). «Tout le monde n’a pas les moyens d’envoyer 30 personnes sur le Tour, reprend Richard Chassot. Nous avons assez vite compris qu’il fallait renoncer à un remplacement «poste pour poste», et que nous devions repenser notre modèle de fond en comble, envisager toutes les solutions possibles.»

La théorie des gains marginaux

Aujourd’hui, le pari semble gagné. «Notre budget est quasiment équilibré, souligne le président Yves Christen. Cela tient pratiquement du miracle!» Ou plutôt d’une stratégie réfléchie et respectée. Etape numéro 1, trouver de nouveaux sponsors. Peut-être moins importants, mais plus nombreux: à Yverdon, le Tour de Romandie a pu en dévoiler sept. Etape numéro 2, réaliser des économies. «Ce n’est pas possible à tous les niveaux, nuance Richard Chassot. On ne peut pas transiger sur la sécurité ni sur les aspects sportifs, la clé pour demeurer une épreuve attractive du World Tour.»

Alors, le budget a été passé au peigne fin pour gratter autant que possible sur les à-côtés. La fameuse théorie des gains marginaux de la Sky, en version planification financière. Cette année, les responsables dormiront par exemple plus souvent que par le passé à la maison plutôt qu’à l’hôtel. «Mille francs d’économisés par-ci, 1000 francs par-là, sourit le directeur général. Cela peut sembler dingue compte tenu du budget global de la course, mais cette année, nous avons vraiment travaillé dans l’idée que nous étions à 1000 francs près.»

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Est-ce à dire que le Tour de Romandie a été menacé? «Non, pas à court terme, assure le patron. Depuis douze ans que nous avons repris l’organisation de l’épreuve, nous avons chaque année mis les 30 000 à 40 000 francs de bénéfice annuel de côté afin de constituer une réserve. Nous aurions pu vivre là-dessus un temps, mais à l’horizon 2020, oui, le Tour aurait pu être en danger si nous nous étions reposés. Mais ce n’était pas notre intention.»

A dix jours de l’édition 2018, la sérénité est de mise. Même si tout n’est pas réglé. Alors que les contrats de sponsoring courent généralement sur trois ans, le maillot de leader est cette année floqué aux couleurs de la candidature de Sion aux Jeux olympiques 2026, pour laquelle le Tour de Romandie roule officiellement depuis le mois dernier, mais devra à nouveau trouver preneur pour 2019. «Nous sommes en contacts avancés avec trois ou quatre sponsors-titres potentiels», se réjouit Richard Chassot. Lorsque le contrat sera signé, le ciel aura fini de se dégager pour le Tour de Romandie. Comme au-dessus d’Yverdon.