Imaginez une super-sélection des meilleurs joueurs de football européens qui s’en iraient périodiquement défier l’Argentine ou le Brésil, faisant fi des frontières nationales pour donner corps à un événement sportif hors norme. Impensable? C’est pourtant plus ou moins ce que fait, en rugby, l’équipe des Lions britanniques et irlandais.

L’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse et le pays de Galles: quatre pays, un seul blason. Tous les quatre ans, un royaume vraiment uni (et élargi) dépêche ses meilleurs joueurs pour affronter un géant de l’hémisphère Sud. C’est parfois l’Australie ou l’Afrique du Sud. Cette année, la Nouvelle-Zélande accueille cette tournée très attendue tant par les joueurs que par les fans.

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La Coupe du monde terminée, les rugbymen britanniques et irlandais n’attendent qu’une chose: l’annonce officielle de la liste des joueurs retenus pour intégrer cette sélection. «Jouer avec les Lions en 2013, ça a été l’apogée absolu de ma carrière. J’apprécie toujours de jouer avec mon club et pour le pays de Galles, mais cette sélection, c’est vraiment spécial pour moi», valide Sam Warburton, déjà capitaine en 2013 et de nouveau leader des Lions pour la tournée 2017.

Les amateurs de rugby portent une affection aussi importante au «Lions Tour», né en 1888, qu'à la Coupe du monde. L’entraîneur du RC Nyon, John Etheridge, sait bien ce que ce voyage extraordinaire représente, lui qui a d’abord joué quelques matches avec la réserve de l’Angleterre avant de rejoindre l’équipe nationale d’Irlande. «C’est une tradition qui reflète les valeurs du sport. Un événement important aussi bien pour les Britanniques que pour les équipes du Sud», affirme le coach, récemment champion de Suisse. Même s’ils disposent désormais d’un compte Facebook et Twitter, les Lions restent ancrés dans la tradition, à l’image de leur mascotte en peluche qui entre sur la pelouse dans les bras du capitaine avant chaque match. C’est le plus jeune joueur du groupe – en l’occurrence Maro Itoje, 22 ans – qui doit surveiller l’animal pendant toute la tournée.

A voir une fois dans sa vie

Son rythme «olympique» fait du Lions Tour un moment attendu par les joueurs – ceux qui ont l’occasion d’y prendre part se sentent privilégiés – mais aussi par les supporters. Les matches sont diffusés intégralement au Royaume-Uni et en Irlande, mais aussi ailleurs dans le monde. «Je suis les matches à la télévision, c’est plus pratique que lorsqu’on devait attendre le journal. Quand j’aurai fini ma carrière et mon job, j’aimerais bien y assister en direct. Il faut le faire au moins une fois dans sa vie», reprend John Etheridge.

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Le natif de Cheltenham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, n’a pas encore fait ce voyage, véritable pèlerinage à la Mecque des fans de ballon ovale. Ils sont cette année entre 25 000 et 35 000 à s’être offert l’un des packages officiels proposés sur le site officiel des Lions pour rejoindre la Nouvelle-Zélande. Les fans ont déboursé jusqu’à 8500 livres (environ 10 500 francs) pour un séjour du 20 juin au 9 juillet qui inclut les trois matches contre les All Blacks, des excursions dans le pays et un break de quatre jours aux Fidji entre deux rencontres. Pour ceux qui ne veulent pas emprunter le canal officiel, la page Facebook «Adopt a Lions Fan» a été créée pour trouver des hôtes prêts à héberger les fans gratuitement.

Un sacré business

Tous ces supporters qui traversent la planète achètent le célèbre maillot rouge et d’autres produits dérivés. Il y a aussi les droits TV, les contrats de sponsoring et l’augmentation provisoire du tourisme dans les pays hôtes. Un sacré business qui bénéfice aux Lions, dont le chiffre d’affaires sur le cycle 2013-2017 est estimé à 49 millions de francs. Les bénéfices sont partagés entre les fédérations anglaise, irlandaise, écossaise et galloise. Les pays hôtes ne sont pas en reste: la Fédération australienne a dégagé des recettes de 50 millions de francs après la venue des Lions en 2013. Au total, 128 millions de francs ont été injectés dans l’économie australienne. La Nouvelle-Zélande espère faire mieux cette année et décrocher 153 millions de francs de retombées.

Réunis après la fin des championnats, les Lions sont arrivés au pays des All Blacks le 29 mai dernier, avec un retour prévu après le dernier match contre les Néo-Zélandais, ce samedi. En six semaines, ils auront joué dix matches et affronté toutes les provinces de rugby du pays, les joueurs semi-professionnels des Barbarians néo-zélandais, les Maori All Blacks et évidemment la Nouvelle-Zélande trois fois. Comme pour les All Star Games en basket, les stades sont pleins et les adversaires se surpassent pour gagner. Après une défaite (15-30) et une victoire (24-21) face aux Néo-Zélandais, les Lions auront à cœur de remporter la série pour conclure l’événement en beauté.