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Maria Sharapova raquette et balles en mains: c’est pour ce mercredi 26 avril.
© GONZALO FUENTES / Reuters

Tennis

Au tournoi de Stuttgart, Maria à tout prix

Les organisateurs se sont pliés en quatre pour que Maria Sharapova puisse faire son retour après quinze mois de suspension pour dopage dès cette semaine. L’affaire dit beaucoup de choses sur le milieu

Quinze mois d’absence, et pas un jour de plus. L’ancienne numéro 1 mondiale Maria Sharapova fera son retour à la compétition ce mercredi à l’occasion du tournoi WTA de Stuttgart. Le monde du tennis ne parle que de ça; les sponsors sont ravis de retrouver leur ambassadrice la plus bankable; les organisateurs allemands ont tout fait pour qu’elle puisse être de la partie. Maria à tout prix. La raison de son absence n’a pourtant rien de bien glorieux: elle a purgé une suspension pour dopage.

Le milieu sportif divisé

Contrôlée positive au meldonium en janvier 2016, quelques semaines après que la substance passe sur la liste des produits interdits, la Russe de 30 ans a d’abord été condamnée à une suspension de deux ans. Le Tribunal arbitral du sport l’a ramenée à quinze mois en considérant que la championne n’avait pas l’intention de tricher. Pour autant, les conditions de son retour divisent le milieu sportif.

Pour l’accrocher à son affiche alors qu’elle n’a plus de classement WTA, le tournoi de tennis de Stuttgart s’est plié en quatre. Il lui a offert une wild card – privilège en général réservé à des athlètes locales ou de retour de blessure – et un premier tour repoussé au mercredi pour attendre la fin de sa suspension. Des aménagements justifiés par le statut de Sharapova aux yeux des uns; des passe-droits choquants pour les autres. En creux, cette affaire révèle beaucoup d’aspects du tennis actuel.

Le tennis tient à ses stars

Les organisateurs du tournoi de Stuttgart préféraient que la Russe effectue son retour à la compétition chez eux plutôt qu’ailleurs. «C’est un hasard qui nous a arrangés», assume Markus Günthardt, le patron. Serena Williams mise à part, le circuit WTA compte peu d’icône. Suspendue ou pas, Sharapova est une star internationale qui rayonne loin au-delà des limites du court. Unique. Irremplaçable. Après avoir grommelé à l’annonce de son contrôle positif, tous ses partenaires – à l’exception de TAG Heuer – l’ont confirmée dans son rôle d’ambassadrice.

Elle a fait une grave erreur mais elle n’a pas essayé de tricher

Les tournois rechignent aussi à se priver de sa présence. Ceux de Madrid et Rome – prévus en mai – lui ont d’ores et déjà attribué des invitations. En recevra-t-elle également pour participer aux prochaines levées du Grand Chelem? Le président Bernard Giudicelli a prévenu que la Fédération française de tennis annoncerait l’attribution des wild cards pour Roland-Garros le 15 mai sans faire de communication particulière au sujet de Maria Sharapova, tout en reconnaissant l’existence d’un dilemme: «L’intégrité est un de nos engagements forts. On ne peut pas décider, d’un côté, d’augmenter la dotation des fonds dédiés à la lutte antidopage et, de l’autre… (l’inviter).»

A Stuttgart, Markus Günthardt a résolu le cas de conscience en se rangeant derrière la lecture de l’affaire effectuée par le Tribunal arbitral du sport dans le jugement qui a réduit sa suspension à quinze mois: «C’est écrit noir sur blanc que ce n’est pas un cas de dopage intentionnel. Elle a fait une grave erreur mais elle n’a pas essayé de tricher.»

La concurrence a la dent dure

A joueuse exceptionnelle, conditions de retour au premier plan exceptionnelles? Si certains dirigeants et sponsors souscrivent à l’idée au nom de leurs intérêts voire de celui, général, du tennis féminin, les autres joueuses sont nombreuses à protester. Ses quelques soutiens plus ou moins timides ne pèsent pas lourd dans le brouhaha des déclarations outrées. Il y a celles qui dénoncent des conséquences très concrètes, comme la pourtant réservée Angelique Kerber (WTA 2): «Cette situation est un peu étrange. Il s’agit d’un tournoi allemand. Des joueuses allemandes auraient eu besoin d’invitation.»

Et puis il y a les autres, indignées que leur sport déroule un tapis rouge symbolique à une championne punie pour avoir triché. «Ce type d’invitation dans le tournoi devrait être réservé à des joueuses qui ont plongé au classement en raison d’une blessure, d’une maladie ou d’un autre motif incontrôlable, pas pour celles suspendues pour dopage, plaide la Polonaise Agnieszka Rawanska. Maria devrait revenir autrement, en passant par de plus petits tournois.»

Le chemin peut être long

Pour une autre ancienne numéro 1 mondiale, la Danoise Caroline Wozniacki, Maria Sharapova devrait, comme n’importe quel sportif coupable de dopage, «repartir de zéro» après sa suspension. En tennis, cela s’apparente à un séjour au purgatoire – peu importent les raisons qui y mènent. Mirjana Lucic, également en lice cette semaine à Stuttgart, peut en témoigner elle qui a, à un moment de son parcours, retrouvé l’anonymat des tournois challengers après un début de carrière stratosphérique: «C’est très dur. Il n’y a pas de public, pas de juges de ligne, pas de ramasseurs de balles, vous jouez pour 55 dollars le match. Il faut être superdéterminée, le prendre comme un tremplin et tout faire pour en sortir le plus vite possible.»

Les petits tournois rapportent peu de points. Il faut gagner beaucoup de matches pour remonter la pente dans un système qui favorise le maintien de l’ordre établi. Le numéro 1 mondial masculin Andy Murray le reconnaissait en toute lucidité la semaine dernière dans Le Temps: «Il m’a fallu douze ans sur le circuit professionnel pour arriver au sommet. Cette année, j’ai été absent du circuit pendant cinq ou six semaines et je suis toujours numéro 1. Donc, je ne suis pas certain que ce soit plus difficile de rester au sommet que d’y parvenir.»

Elle a largement les moyens de revenir sans qu’on l’aide comme ça.

Les joueuses et joueurs qui sont revenus après une suspension pour dopage ont connu des fortunes diverses. Marin Cilic a remporté son premier Grand Chelem après quatre mois d’absence. La prodige bulgare Sesil Karatantcheva ne s’est-elle jamais relevée de sa peine de deux ans. Agée de 30 ans, Maria Sharapova se sortirait-elle de l’enfer des tournois peu cotés? «Elle a largement les moyens de revenir sans qu’on l’aide comme ça. Maria est une très grande championne, eh bien, qu’elle nous le montre», assène la Française Alizé Cornet dans L’Equipe.

La principale intéressée, elle, est ravie de faire son retour à Stuttgart, un de ces tournois préférés. Et l’opinion des autres joueuses? «C’est le dernier de mes soucis.»

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