De ce côté-ci de l’océan Indien, c’est une véritable idole. Certaines femmes le jugent beau gosse, d’autres louent son talent et tous reconnaissent ses qualités humaines.

Voilà huit ans que Mark Webber a débuté en Formule 1. Après avoir conduit pour Minardi, puis Jaguar et Williams, il attaque désormais sa quatrième saison au sein de l’écurie Red Bull avec un enthousiasme intact. Comme le plaident ses amis, Mark Webber n’a pas changé. Les jolies filles, la gloire ou les joujoux que pourraient lui offrir son salaire le laissent indifférent. Une seule chose le motive: son métier de pilote. Il s’y donne à fond, avec passion et sans la moindre distraction. Détestant fréquenter les gens de la Formule 1, qu’il juge superficiels et sans intérêt, il vit avec Ann, une Anglaise plus âgée que lui, réservée et discrète, qui a été son manager et s’occupe aujourd’hui encore de gérer ses voyages et sa vie.

Lorsqu’il est arrivé en Formule 1, Mark Webber était précédé d’une réputation de futur grand. S’il réussit l’exploit de marquer des points lors de son tout premier Grand Prix, ici même, devant son public, sur une Minardi, il lui fallut attendre longtemps avant de décrocher sa première victoire, l’an dernier. Au fil de toutes ces saisons, sa réputation se mit à flétrir à l’aune de ses erreurs de pilotage. Dans le paddock, plusieurs responsables d’écuries le jugeaient rapide en qualifications, mais souvent décevant en course, sans que personne ne puisse expliquer cet apparent décalage.

Flavio Briatore, avec qui l’Australien a signé un contrat de management à long terme, réussit toutefois à le faire évoluer d’équipe en équipe, avant qu’il ne termine au sein de l’écurie Red Bull dont il n’est pourtant pas un produit de la filière.

Fin 2008, son coéquipier David Coulthard est remercié pour être remplacé par le tout jeune Sebastian Vettel. Mark Webber sait que le talent de son nouveau partenaire est redoutable et qu’il va falloir sortir le grand jeu. Mais c’est alors qu’il est victime d’un accident en Tasmanie, en novembre, lors d’une journée de charité. Heurté par une voiture, jambe cassée, il subit une opération pour visser ses os. Cet hiver-là, il ne couvre pas un seul kilomètre en essais privés et se présente au début de la saison à court de roulage et souffrant terriblement. «Mark est un solide gaillard. Il n’a dit à personne combien c’était douloureux», confie un de ses amis. «Parfois, il hurlait dans son casque. Aujourd’hui, cette blessure lui fait encore mal.»

Serrant les dents, l’Australien parvient presque à faire jeu égal avec Sebastian Vettel l’an dernier, remportant deux Grands Prix, en Allemagne et au Brésil. Des victoires qui lui permettent de conserver sa place au sein de l’écurie Red Bull pour cette saison 2010.

Après huit années de F1, l’Australien se retrouve aujourd’hui à un tournant crucial de sa carrière. A l’évidence, la Red Bull RB06, cette année, se pose comme une voiture d’exception, sans doute la meilleure du plateau. Expérimenté, au sommet de son art de pilote, Mark Webber doit en profiter pour gagner des courses, sinon le championnat du monde. En tout cas, il ne doit plus se laisser devancer par Sebastian Vettel sous peine d’être considéré comme un talent de deuxième catégorie. Dans un tel cas, l’écurie Red Bull risquerait de mettre un terme à sa relation avec l’Australien, dont le contrat arrive à échéance à la fin de l’année.

Ses rivaux l’ont bien compris, eux qui ne l’épargnent pas: «Je ne sais pas combien de temps Mark souhaite encore rester en F1, a persiflé Lewis Hamilton la semaine dernière. Mais avec la voiture dont il dispose cette saison, il doit réussir de bons résultats. Je ne serais pas surpris s’il en profitait pour prendre sa retraite en fin d’année.»

Hier, Mark Webber tenait effectivement la voiture pour gagner. Parti de la première ligne, il aurait normalement dû profiter des problèmes mécaniques de son coéquipier Sebastian Vettel pour reprendre le flambeau et s’imposer devant son public. Il en resta loin. Empilant les bévues, les freinages ratés, les travers et les mauvaises stratégies, il disputa une course baroque qui le relégua en neuvième place. Cela aurait difficilement pu s’avérer pire. A en juger par la mine des patrons de son écurie, après la course, la performance de leur pilote australien n’a pas été franchement appréciée.

Si Mark Webber ne parvient pas à redresser rapidement la situation, les dirigeants de Red Bull (qui possèdent également l’écurie Toro Rosso) ne lui feront aucun cadeau: à 34 ans, après quatre saisons dans l’écurie, l’Australien ne peut clamer son manque d’expérience ou d’intégration pour justifier ses contre-performances.

Dans ce cas, le responsable du sport automobile auprès de la marque de boisson, Helmut Marko, pourrait bien faire appel à son jeune protégé pour le remplacer: Sébastien Buemi, dont le talent justifierait largement une promotion au sein de l’équipe Red Bull aux côtés de Sebastian Vettel en 2011.

Mark Webber n’a pas encore perdu le volant de la monoplace numéro 6. Mais il sait que ses jours sont comptés, qu’il est dans le collimateur de ses patrons, et qu’il ne peut plus se permettre le genre d’erreurs qu’il a commises hier à Melbourne. La Formule 1 est un monde impitoyable qui n’aime que la classe des vainqueurs. Il n’est pas certain que Mark Webber en fasse partie.

Au fil de toutes ces saisons, sa réputation se mit à flétrir à l’aune de ses erreurs de pilotage