Football

La transformation gagnante du Brésil sans Neymar

La Seleção a mis fin à une longue période de douze ans sans titre en remportant la Copa América dimanche (3-1 contre le Pérou en finale). Elle aura pour cela dû attendre d’être privée de sa superstar

Le Brésil n’a pas failli à la mission qui lui incombait. En battant le Pérou (3-1) dimanche au mythique stade Maracanã de Rio de Janeiro, la Seleção a remporté la Copa América qui se déroulait sur ses terres. C’est son neuvième sacre dans cette compétition continentale, mais le premier depuis 2007. Son dernier titre mondial remonte, lui, à 2002. Deux Coupes des confédérations moins prestigieuses et une médaille d'or olympique dans un contexte différent mises à part, cela faisait ainsi douze ans que le pays du football n’avait plus gagné de titre majeur.

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En 2013, alors que se profilait une Coupe du monde à domicile, l’attente commençait déjà à se faire longue. Mais les supporters auriverde refusaient de se faire trop d’illusions. Les discussions dans les botequins aboutissaient toutes au même constat désabusé: la Seleção est loin de son âge d’or et pour entretenir l’espoir d’un exploit il n’y a guère que la présence d’un homme: Neymar. Au final, le prodige n’aura pas permis aux siens de se sublimer. Pire: ils sont enfin parvenus à décrocher un nouveau trophée précisément lors du tournoi pour lequel il a dû déclarer forfait, blessé.

Ailleurs, des précédents

Le Brésil, meilleur sans Neymar? Ce serait lui faire une injuste offense que d’affirmer une chose pareille. Mais ce n’est pas la première fois qu’une équipe de football se découvre un nouveau souffle en l’absence de sa star. La formation du sélectionneur Tite fait à son tour l’expérience qu’a vécue la Suède après la retraite internationale de Zlatan Ibrahimovic (quart de finale à la Coupe du monde 2018), l’Espagne suite à la mise à l’écart de Raul (victoire à l’Euro 2008) ou la Côte d'Ivoire sans Didier Drogba (victoire à la Coupe d’Afrique des nations 2015).

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Ce phénomène s’explique principalement par deux raisons. La première est d’ordre psychologique: une vedette capture la lumière et ses coéquipiers peuvent légèrement se laisser éclipser; sans elle, chacun prend un peu plus de responsabilités et au final son absence s’en trouve sur-compensée. La seconde est plus pragmatique: en alignant un joueur de classe mondiale, le coach sera tenté de tout organiser pour le mettre en valeur; sans lui, il doit repenser tout son alignement. Parfois pour le meilleur.

Le football mondial est calqué sur le style européen, qui s’éloigne des caractéristiques du joueur brésilien: des dribbles, du un contre un. Moi, j’essaye de garder ce style

Everton, ailier brésilien

Petit oignon

C’est ce qu’il s’est passé pour le Brésil. Ces dernières années, la Seleção évoluait toujours ou presque en 4-3-3 de manière à pouvoir faire évoluer Neymar à son poste de prédilection, l’aile gauche. Lors de la Copa América qui vient de s’achever, Tite a privilégié une formation en 4-2-3-1, avec un Philippe Coutinho (Barcelone) bénéficiant de beaucoup de libertés au cœur du jeu, derrière l’attaquant de pointe Roberto Firmino (Liverpool), et entre les deux ailiers Gabriel Jesus (Manchester City) et Everton (Grêmio). Cela a considérablement modifié l’approche brésilienne, mais en l’absence d’une individualité incontournable, la menace offensive fut plus répartie, plus diffuse, et cela a payé: les quatre joueurs offensifs ont chacun marqué deux buts au moins pendant le tournoi.

Trois d’entre eux évoluent déjà dans de grands clubs européens. C’est paradoxalement le quatrième qui aura le plus retenu l'attention durant le tournoi. Surnommé «Cebolinha» («le petit oignon», référence à un personnage de littérature enfantine locale), Everton (23 ans) a commencé la compétition comme remplaçant avant de gagner sa place de titulaire suite à sa prestation convaincante contre le Pérou en phase de groupes (5-0). Il n’a ensuite plus désavoué la confiance placée en lui, jusqu’à marquer le premier des trois buts de son équipe en finale.

Il a surtout séduit le public en détonnant par sa manière de jouer lors d’une Copa América très défensive, ainsi qu’il l’a expliqué il y a quelques jours aux médias présents: «Le football mondial est calqué sur le style européen, qui s’éloigne des caractéristiques du joueur brésilien: des dribbles, du un contre un. Moi, j’essaye de garder ce style, c’est ce que je fais depuis tout petit.» Ce n’est pas sans rappeler le grand absent de la compétition…

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