Sur la porte des hôtels, un panneau: «Complet». La vallée de Joux et le Jura français s'apprêtent à accueillir ce week-end et jusqu'à la semaine prochaine quelque 3000 fondeurs et un millier de spectateurs. La Transjurassienne, un parcours de ski de fond mythique, fête ses vingt ans sous le signe de la nouveauté avec la naissance de la Megatran's. Il s'agit en fait d'une alliance franco-suisse de deux courses: la Transjurassienne, qui, ce dimanche, prend son départ en France pour se terminer 76 kilomètres plus loin, en Suisse, et la MegaMicro, 70 kilomètres dans les Montagnes neuchâteloises avec une incursion sur le territoire français, le 28 février.

Dans les offices du tourisme, on se frotte les mains

Catherine Richard, responsable des relations publiques dans le comité d'organisation, explique les raisons de cette union: «Les deux courses existent depuis de nombreuses années. Nous proposons seulement un produit touristique qui a été lancé par les Suisses. Participer aux deux courses amène, pour les fondeurs, de nombreux avantages: prix forfaitaires dans les hôtels et pour les inscriptions, possibilité exclusive d'une reconnaissance des parcours avec des accompagnateurs expérimentés, ou transport par autocar dans des hôtels en Suisse et en France pour être plus près des départs.»

Ce programme sans faille s'inscrit dans une volonté de donner à la vallée de Joux et à celle du Doubs une semaine de haute saison, capable de compenser un hiver plutôt calme. Tous les villages de la région et des environs sont ravis, même ceux qui, tout blancs de neige, ne laissent entrevoir au loin que le haut d'un clocher. Les commerçants, les hôteliers profitent de l'afflux des visiteurs. Tous se préparent à cette semaine bénie, à cheval entre les vacances scolaires françaises et suisses.

A l'Office du tourisme de la vallée de Joux, on se frotte les mains. «Une semaine comme celle-ci donne un côté festif, explique une employée. Les passionnés de ski de fond se réunissent pour participer aux courses, mais aussi pour profiter quelques jours de l'environnement, faire des balades dans la forêt. Je pense que l'organisation de la Transjurassienne souligne chaque année la précieuse complicité entre la France et la Suisse.»

Une complicité qui dure depuis vingt ans, depuis que la Transjurassienne existe. Une course née de l'enthousiasme de deux hommes pour le ski de fond: Georges Berthet, qui a participé aux Jeux olympiques de Chamonix en 1924, et Jacky Mandrillon, un journaliste jurassien. Leur rêve: tracer un chemin de neige, un long ruban blanc serpentant dans la forêt pour relier deux places fortes du ski de fond: Lamoura, dans le Jura, et Mouthe, dans le Doubs. Aléas du destin, ils ne participeront jamais à cette course, dont la première fut annulée faute de neige. L'année suivante, en 1980, les deux hommes moururent.

Depuis cette époque, la Transjurassienne a acquis une renommée mondiale, reconnue par la Fédération internationale de ski, par la Fédération française et le comité régional de ski. Elle prend place également dans le calendrier de la Wordloppet, véritable coupe du monde des longues distances. Sans se perdre dans les contours de la forêt, la Transjurassienne a donné naissance à d'autres courses. La MegaMicro, sur un parcours vallonné qui serpente dans les Montagnes neuchâteloises, avec un lacet dans le territoire français; la Transjeune, prévue pour le 24 février pour les enfants et les adolescents de 7 à 20 ans, sur un parcours entre 2 et 16 kilomètres; et, enfin, la Minitran's, ce samedi, une épreuve pour tous niveaux sur deux tracés de 10 ou 25 kilomètres.

Tous ces voyages en ski de fond, de journée voire de nuit, montrent que la vallée de Joux et celle du Doubs veulent donner de la chaleur à une région qui, sous un manteau de neige, refuse de s'endormir.