Au lendemain de son match contre le Brésil, l'équipe de France est désormais considérée comme une candidate présentable à la victoire finale. Cette équipe, dont la passivité, la vieillesse et le manque de vivacité paraissaient à beaucoup le reflet d'un pays sur le retour, est devenue une énigme, celle de la réussite de ceux dont on croit qu'ils n'ont rien pour gagner et qui emportent la décision. Dans ce roman footballistique, il y a peut-être un chapitre qu'on a sauté par mégarde (moi et quelques autres).

«Le rêve», clament les journaux français du dimanche. «On n'est pas là pour rêver, mais pour gagner des matches», disait Thierry Henry au début de la semaine dernière. On attendait du clinquant, de la fantaisie, des fanfreluches et du panache, on a vu des joueurs terriblement organisés. Cette France-là ne ressemble pas aux clichés du foie gras, des bons vins et des plaisirs superficiels; aux rabâchages sur la paresse d'un pays qui travaillerait peu et qui préférerait la retraite tranquille aux combats de l'existence. Elle ne ressemble pas à sa réputation de briller dans la guerre en dentelles et d'échouer dans la guerre tout court.

Voilà donc des Bleus en bleu de chauffe. Ils donnent la leçon à des Espagnols tout fous, qui jouent à cent à l'heure et se heurtent à un barrage inexpugnable. Et ils maîtrisent les virtuoses de la virtuosité, les Brésiliens, au point de les faire paraître maladroits. En 1998, on a fêté la France black-blanc-beur. En 2006, on fête encore la France de l'antiracisme, que Lilian Thuram illustre en affirmant: «Je ne suis pas noir», ce qui veut dire «je suis Français».

Mais c'est encore une autre France qui se révèle, moins poétique, moins conforme aux stéréotypes. Celle du sérieux, du travail bien fait, de la transpiration plutôt que de l'inspiration, celle de la technique au service de l'efficacité. Quelle que soit la suite du Mondial, la défaite des idées reçues est déjà une grande victoire.