Le tribunal du sport est impitoyable avec les vaniteux. On ne parle pas de la FIFA, qui a plutôt tendance à les encourager. Mais de la seule loi qui vaille, celle du terrain. Que n'a-t-on dit, écrit, sur cette équipe du Brésil avant qu'elle ne pose les pieds, des pieds millionnaires, sur le sol européen. Fin mai, la Seleção remplissait les gradins payants d'un stade construit expressément pour elle au bord du lac des Quatre-Cantons. On s'y bousculait pour apercevoir les astres de la galaxie auriverde à l'entraînement, vainqueurs avant de l'avoir disputée de la Coupe du monde qui s'annonçait.

Entraînement? Pas vraiment: les observateurs présents à Weggis s'étonnaient de ces aimables jeux de baballe quand d'autres équipes, plus modestes, trimaient sur des schémas tactiques physiquement éprouvants. Les Brésiliens ont aussi passé une grande partie de leur temps à flirter avec des supportrices en bikini riquiqui au pied du Rigi. Arrogance? Non, suprême assurance d'un collectif de joueurs rares, la plus «formidable équipe du Brésil de tous les temps».

Un mois plus tard, le sélectionneur Carlos Alberto Parreira et des membres du staff technique brésilien ont quitté hier l'aéroport de Rio de Janeiro par une porte dérobée à leur retour du Mondial. Il faut dire qu'ils étaient attendus devant la porte principale par des supporters hurlant «traîtres!» à l'endroit des idoles déchues. A São Paulo, ce sont des joueurs qui ont droit à la même épithète. Seul le capitaine, le vieux Cafu, a admis qu'ils avaient sérieusement cafouillé.

Morale de cette fable: il ne faut jamais confondre football et publicité. Dans les spots diffusés sur toute la planète par l'équipementier de la Seleção sous le slogan «joga bonito», on peut admirer des acrobaties aériennes fabuleuses de Ronaldinho et de ses compères du mal nommé «carré magique». Il n'est hélas pas précisé que le réalisateur du film a eu recours à la technique trompeuse des trucages.