Il ne fait pas bon être amateur de foot au Turkménistan. Où il est même dangereux d'être simple citoyen. Ce pays désertique est dirigé par un authentique satrape, totalitaire et fantasque. Les Turkmènes, qui vivent dans le pays le plus isolé de la planète, imaginaient que le Mondial leur permettrait d'ouvrir une fenêtre sur le monde. Mais Saparmourat Niazov, «père de tous les Turkmènes», a estimé que le football faisait peser une menace trop sérieuse sur son régime. Le temps que mes administrés passeront à s'extasier devant les exploits de Ronaldinho, s'est-il dit, sera perdu pour la lecture du «Rukhana», la bible officielle du Turkménistan. Contenu de l'œuvre, écrite par Niazov en personne? Trois fois rien, malgré la terrifiante longueur du texte: on y apprend, en gros, que son auteur est un grand homme comme on n'en fait plus.

Aussi, le Turkménistan est le seul des 204 Etats affiliés à la FIFA à ne pas avoir acheté les droits de retransmission de la Coupe du monde. Si bien que le zapping turkmène n'a pas beaucoup évolué ces derniers jours. Sur la première chaîne nationale, on voit beaucoup le «Turkmenbachi». Sur la seconde également. Sur la troisième, encore plus. Seule la quatrième montre des résumés de quelques rencontres, en léger différé. Léger, vraiment: à peine deux jours plus tard.

Il existe une solution pour améliorer ce médiocre ordinaire, la télé russe. Mais tout le monde ne parle pas russe au Turkménistan, et sa réception n'est pas garantie. Autre possibilité, la parabole satellitaire (plusieurs mois de salaire). Parabole qui, une fois fixée et visible loin à la ronde, fait de son propriétaire un traître à la patrie en puissance. Pourtant Niazov aime le sport, et le prouve: il fait construire, au fond de l'aride désert de Kara-Koum, une splendide patinoire, qui sera, comme il se doit, la «plus grande d'Asie Centrale». Quant à l'équipe nationale de foot du Turkménistan, elle pourrait, au rythme où elle progresse, se qualifier pour une Coupe du monde d'ici une centaine d'années. En attendant, les joueurs du cru disputent chaque année la «Coupe du Président». Elle a lieu le 19 février, date anniversaire d'un certain Niazov.