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Trezeguet et Riquelme, sans fard ni couronne

David Trezeguet et Juan Roman Riquelme ont annoncé en début de semaine leur retraite sportive. Moins célébrés que Messi ou Cristiano Ronaldo, ils incarnaient un football en voie de disparition

Trezeguet et Riquelme,sans fard ni couronne

Football David Trezeguet et Juan Roman Riquelme ont annoncé en début de semaine leur retraite sportive. Retour sur la carrière de deux stars, héros tragiques, qui incarnaient un football en voie de disparition

La retraite est une petite mort pour un champion. Saluons donc le départ simultané de David Trezeguet et de Juan Roman Riquelme. David Trezeguet, 37 ans, Français d’origine argentine, avant-centre. Juan Roman Riquelme, 36 ans, Argentin, numéro 10. L’un restera le meilleur buteur étranger de la Juventus Turin où il a passé dix ans (de 2000 à 2010); l’autre fut désigné meilleur joueur de l’histoire de Boca Juniors où il brilla douze saisons (1996-2002, puis 2007-2012). Par un hasard dont le destin est friand, ils étaient entrés dans la carrière en même temps, en 1996. C’était au siècle passé et ils n’en sont jamais vraiment sortis.

Il y a bien plus que des coïncidences de dates et des origines rioplatenses entre ces deux grands footballeurs. Trezeguet et Riquelme étaient des joueurs atypiques, peu en phase avec leur époque. Deux stars, certes, mais aussi deux héros tragiques, deux astres noirs qui brillaient comme ces étoiles mortes depuis longtemps mais dont nous percevons toujours la lumière. Le Français était un avant-centre dans la tradition des «chasseurs de buts», un finisseur cantonné près de la surface de réparation adverse. Tueur à sang-froid, rarement spectaculaire, il cadrait toutes ses frappes et choisissait toujours le geste juste. Juan Roman Riquelme, que les Argentins appellent simplement Roman, était peut-être le dernier numéro 10 classique. Un meneur de jeu capable de jouer long avec une précision diabolique, de trouver des angles de passe que lui seul avait vus, ou de rendre fou son vis-à-vis par des dribbles parfois difficiles à comprendre, même au ralenti. Des artistes de chair et de sang, remplacés par l’apparition d’athlètes «multi-polyvalents», des stars qui courent, dribblent et marquent tout à la fois.

Son chef-d’œuvre, Riquelme le signa lors de finale de la Coupe intercontinentale 2000. Face aux Galactiques du Real Madrid, Boca marque deux fois en début de match puis Riquelme garde la balle, fort d’une palette technique infinie et d’une science de la couverture de balle héritées du futbol de potrero, du terrain vague. Son chef-d’œuvre, David Trezeguet le signa à la 103e minute du match France-Italie, en finale de l’Euro 2000. Les Bleus, qui ont égalisé dans les arrêts de jeu du temps réglementaire, poussent pour marquer le but en or. Robert Pirès s’enfonce sur le côté gauche et centre en retrait. Au point de penalty, David Trezeguet avance pour entraîner le défenseur italien sur une fausse piste, recule, fait quelques petits pas pour ajuster sa position et, sans jamais quitter la balle des yeux, frappe de son mauvais pied (le gauche). Il n’a dribblé personne, n’a pas traversé tout le terrain; il a juste exécuté le geste parfait.

Raymond Domenech mit un terme à sa carrière en équipe de France en lui expliquant qu’«aujourd’hui, un buteur ne peut plus se permettre de juste marquer des buts». A Barcelone, Louis van Gaal torpilla d’emblée Juan Roman Riquelme en lui balançant le jour de son arrivée: «Avec le ballon, tu es le meilleur joueur du monde. Mais sans la balle, on joue à dix.» Et tant pis si Trezeguet (71 sélections, 34 buts) présente un meilleur ratio buts/minutes jouées (0,48) que Thierry Henry (0,41), Karim Benzema (0,32) ou Zinédine Zidane (0,29). Et tant pis si Riquelme ne perdait jamais la balle.

Pour les deux joueurs, la Coupe du monde 2006 marqua une rupture. Trezeguet n’est plus qu’un remplaçant qui joue en fin de match s’il faut marquer. Il entre en jeu lors de la finale mais envoie son tir au but sur la barre. L’Italie gagne. Riquelme est un titulaire qui est remplacé en fin de match s’il faut défendre. Lors du quart de finale contre l’Allemagne, il sort à vingt minutes de la fin, 1-0 pour l’Argentine. L’Allemagne gagne. Le sélectionneur avait fait la même erreur un an plus tôt à Genève, lors d’un match amical exceptionnel contre l’Angleterre: 2-1 pour l’Argentine avec Riquelme, 3-2 pour l’Angleterre. Plus lucide, Zidane l’avait attendu à la fin de son dernier match avec le Real Madrid pour échanger son ultime maillot.

En France, personne n’a oublié les larmes de David Trezeguet lors du retour de l’équipe de France. Au balcon de l’hôtel Crillon, le buteur est réconforté par Thierry Henry. C’est le baiser de Judas. Henry a habilement intrigué pour apparaître comme le seul capable de jouer avant-centre. Parce qu’il n’est pas dupe ou parce que l’on est au pays de Poulidor, le public persistera à lui préférer Trezeguet. Le desdichado fera ensuite quelques mauvais choix. Il reste à la Juve reléguée en Serie B, part finalement à Hercules Alicante pour sauver son mariage, puis signe aux émirats pour payer son divorce avant de se faire plaisir en intégrant River Plate, le club de son enfance, quand il s’imaginait «faire exploser le stade».

Riquelme était sur le terrain ce qu’il était dans sa famille, l’aîné d’une fratrie de onze. Dix ont toujours dépendu de lui. Forcé par son père à jouer des matches truqués, forcés par Argentinos Juniors à signer à Boca, forcé par Boca à partir au Barça, prêté contre son gré à Villarreal, Riquelme n’a jamais cédé un pouce de liberté sur le terrain. Pour lui, le match était une milonga. Les chevilles aussi souples que des poignets, il donnait le tempo comme le danseur de tango oriente sa partenaire par de subtiles inclinations de la paume de la main. «Le dernier numéro 10 du football argentin s’en va, constate tristement Daniel Valencia, champion du monde 1978. Ils nous ont éliminés, aujourd’hui prévaut le résultat.»

Deux astres noirsqui brillaient comme ces étoiles mortes depuis longtemps...

Pour les deux joueurs, la Coupe du monde 2006 marqua une rupture

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