«Sydney, triathlon dernière, clap!» Jamais, dans l'histoire de ce sport, épreuve de Coupe du monde n'avait eu aussi peu de signification quant au classement final, et en même temps autant d'importance. Dans un mois, le triathlon fera sa première apparition officielle aux Jeux olympiques de Sydney, et l'étape lausannoise disputée samedi, dernière épreuve de Coupe du monde avant l'échéance tant attendue, faisait figure de répétition générale. Pour mettre les concurrents dans le bain, le départ a été donné comme ce sera le cas à Sydney: depuis un ponton. Spectaculaire.

Sans réelle surprise, la manifestation a été dominée une fois de plus par les Anglo-Saxons, maîtres de la discipline: chez les hommes, le Britannique Andrew Johns, qui s'entraîne en Suisse depuis trois ans, à la vallée de Joux puis à Leysin, a devancé les Néo-Zélandais Hamish Carter et Craig Watson. Chez les femmes, c'est l'Américaine Siri Lindley qui s'est imposée, devant la Suissesse Brigitte McMahon et l'Australienne Michellie Jones.

McMahon en grande forme

S'il s'agissait d'augmenter encore un peu son capital confiance, la Zougoise de 33 ans, mariée à un Britannique, a réussi son coup. Rayonnante à l'arrivée, celle qui s'est classée deuxième en Coupe du monde sur le parcours olympique, il y a quatre mois à Sydney, s'est confortée dans son état de forme actuel, tout en expliquant que le temps chaud (eau à 24° et température de 31°) l'avait beaucoup aidée. Sortie 4e après les 1,5 km de natation, puis 6e à l'issue des 40 km de vélo, elle a fourni un dernier effort pendant les 10 km de course à pied pour revenir sur ses concurrentes et décrocher sa médaille d'argent.

Parmi ces concurrentes, Magali Messmer, finalement 7e après avoir fait la course en tête, cachait mal sa déception derrière ses lunettes de soleil. La Vaudoise, qui martèle qu'il faut sortir de l'eau «dans les premières» pour espérer l'emporter, est sortie avec 32 secondes d'avance sur ses poursuivantes. Une avance qu'elle a portée à 50 secondes pendant la course cycliste. «C'était un test, a-t-elle expliqué. Mes entraîneurs m'ont conseillé de démarrer fort, vu la difficulté du parcours en vélo. Mais pendant cette partie de la course, je n'ai eu aucun moment pour me reposer. Même en descente, avec le vent de face, j'étais obligée de pédaler. Seule contre neuf, on le paie. Mais à Sydney, se rassure-t-elle, ce sera différent. Il y aura des nageuses qui iront aussi vite que moi.»

Guinchard reprend confiance

Jean-Christophe Guichard, 7e lui aussi chez les hommes, affichait un tout autre visage, souriant et visiblement heureux de sa performance. Victime de blessures à répétition et rétrogradé au classement mondial, le Valaisan a livré une première partie de course conforme à ses possibilités de nageur moyen: sans éclat. Sorti de l'eau en 27e position (sur 40 participants), il a ensuite comblé son retard sur un groupe de tête qu'il n'a plus quitté pendant les 40 km de vélo. «Je me suis senti bien sur les 800 premiers mètres de natation, a-t-il expliqué. Et ces temps, je me sens à l'aise en vélo, ce qui m'a permis de revenir sur la tête de la course. Même si nous sommes trop loin des Jeux pour faire de cette course un test, je pense que je suis sur la bonne voie pour Sydney. Il faut que je travaille la course à pied.»

Pendant que le Valaisan se rassurait sur son état de forme, Reto Hug avait de quoi s'inquiéter. Bien placé tout au long de la course, le vice-champion d'Europe et candidat à une médaille à Sydney a été contraint à l'abandon dans les derniers kilomètres du parcours cycliste, victime d'un problème cardiaque apparemment sans gravité. Quant aux deux derniers représentants suisses de la discipline à Sydney, Sybille Matter et Markus Keller, ils ont terminé en 17e position.

Une scène saisie par hasard avant la course donne un autre avant-goût des Jeux et empêche de s'enthousiasmer complètement pour la performance de tous les athlètes. Dans l'aire où les concurrents se changent entre chaque discipline, une participante s'envoie une grande goulée d'un spray qu'elle fourre ensuite dans son sac. Renseignement pris après la course, il s'agit de Ventoline, un vaso-dilatateur utilisé généralement par les asthmatiques, et figurant sur la liste des produits interdits par le Comité international olympique. Et l'intéressée d'expliquer en toute décontraction qu'elle dispose d'un certificat médical, condition sine qua non pour utiliser le produit. Son classement, pourtant, laissait penser qu'elle était en parfaite santé. Il prouve, si besoin était, que Sydney risque de se caractériser par une débauche d'énergie… et de médicaments.