Quelques larmes de nostalgie dans le café au lait. La planète football s'est réveillée samedi matin en apprenant le décès du mythique Trifon Ivanov, une gueule, un parcours, une époque. A la chasse aux souvenirs du Loup bulgare a succédé celle au vilain petit canard du week-end, Serge Aurier, coupable d'avoir insulté son coach Laurent Blanc et quelques-uns de ses coéquipiers au PSG dans une vidéo. De quoi éclipser le reste de l'actualité, résultats, gestes et déclarations. Ou presque.


L'hommage: Trifon Ivanov

Trifon Ivanov, c'était celui qui faisait rire les petites filles quand les petits garçons leur montraient leur album Panini de la Coupe du monde 1994. C'était aussi celui qui faisait pleurer les attaquants adverses par son intransigeance en défense centrale. Le Loup bulgare, c'était d'abord une gueule puis un sacré footballeur pour les uns; un sacré footballeur puis une gueule pour les autres. Sa disparition a provoqué une pluie d'hommages ce week-end, du plus statistique au plus personnel, au footballeur ou à l'homme, chacun participant toutefois à un sentiment d'ensemble unanime: Trifon Ivanov n'a jamais gagné ce que l'on appellerait aujourd'hui un titre majeur, ni une récompense individuelle, il n'a jamais joué dans un très grand club, et pourtant il restera comme une légende.

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On l'a dit: son allure, bien sûr, son jeu, aussi, mais pas seulement. Il incarne pour toujours l'épopée bulgare lors de la World Cup américaine et plus que ça: une époque. Une époque où les joueurs ne se préoccupaient pas nécessairement de leur apparence, ni d'ailleurs de sauver les apparences. Le Loup bulgare était connu pour les relations difficiles qu'il entretenait avec certains de ses entraîneurs. Un jour, il avait hurlé devant toute l'équipe de Xamax que l'entraîneur Gilbert Gress ne connaissait rien au football. Une nature, un caractère bien trempé, sourit-on avec le recul. Après tout, dans le sport, c'est de ce bois-là dont on fait les héros.


La polémique: Serge Aurier

L'autre «affaire» du week-end renvoie moins à la grande histoire du ballon rond, mais elle a rapidement pris le dessus en termes d'agitation des réseaux sociaux. Dans une vidéo réalisée par le biais de l'application Periscope, qui permet de diffuser en direct ce qu'on filme avec un smartphone, le latéral du PSG Serge Aurier a traité son entraîneur Laurent Blanc de «fiotte» et évoqué plusieurs de ses coéquipiers en des termes pas plus élogieux. Dimanche, le joueur a formulé des excuses, se présentant comme «impardonnable». Trop tard: il avait déjà été écarté du groupe parisien en vue du huitième de finale aller de la Ligue des champions, mardi contre Chelsea, tourné en dérision par les internautes et condamné vivement par un monde du football outré. Guy Roux, ancien entraîneur mythique de l'AJ Auxerre, a été jusqu'à estimer que l'Ivoirien méritait d'«aller en prison.»

Il est bien sûr difficile de défendre Serge Aurier. Doit-il pour autant être traité comme un criminel? «On peut déplorer le manque de délicatesse de l’expression d’Aurier: c’est cependant son langage à lui, l’accusation d’homophobie relevant par ailleurs de la malhonnêteté intellectuelle - c’est hélas parfois ainsi que les gens s’expriment. Après, Aurier confond sphère privée et sphère publique», écrit le quotidien Libération dans un article qui remet bien les choses à leur place. Dans le football moderne, géré comme n'importe quel business, la liberté de parole des travailleurs - les footballeurs - a pour ainsi dire disparu par l'action de services de com' efficaces et allergiques aux vagues. Il faut toutefois être naïf pour penser que la personnalité des stars du ballon rond se limite à la version polie qu'elles donnent face caméra… et qui n'intéresse pas grand-monde. Les amateurs de football aiment les joueurs pour leur humanité, leurs qualités, leurs défauts et même leurs excès. C'est pour tout cela que la mort de Trifon Ivanov a connu telle résonance. Sortir du cadre, c'est parfois bon pour la postérité, ça l'est moins pour une carrière sur le moment.


Le résultat: Arsenal-Leicester City 2-1

Dimanche, Leicester City ne pouvait pas remporter le titre de champion d'Angleterre en s'imposant, mais Arsenal pouvait le perdre en cas de défaite. Mais les Gunners d'Arsène Wenger ont pris le meilleur sur les Foxes de Claudio Ranieri (2-1), grâce à un but de Welbeck dans le temps additionnel de la partie. Les Londoniens reviennent d'autant plus loin qu'ils avaient été menés suite à un penalty transformé par l'incontournable Jamie Vardy (auteur pour le coup de son 19e but de la saison).

«Le chemin est encore long, on joue de grosses équipes. Mais on a eu un mauvais passage avec quatre matches sans victoire et on a rebondi avec deux succès d'affilée. On s'est sorti de cette mauvaise série et on a toujours de bonnes chances», a réagi l'entraîneur Arsène Wenger après la partie. Outre son équipe, Tottenham (qui a battu Manchester City 2-1) profite également du faux pas de Leicester City. L'équipe surprise de la saison compte néanmoins toujours deux points d'avance en tête du classement et ne panique pas de sa déconvenue du week-end. Pour féliciter ses hommes, Claudio Ranieri a décidé de leur offrir une semaine de vacances puisqu'ils ne jouent pas le week-end prochain. La force tranquille.


L'interview: Cheikh Salman

Comme le soutien des confédérations asiatique et africaine lui semble acquis, le Cheikh Salman passe aujourd'hui pour le grand favori en vue de l'élection à la présidence de la FIFA. Il est aussi le candidat le plus controversé. On lui prête un rôle dans la répression contre les athlètes qui ont appuyé la révolte contre le régime du Bahrein, en 2011, ce que ce membre de la famille royale conteste. Par le biais d'une interview publiée par Le Matin Dimanche et le Tages Anzeiger, on en a appris un peu plus sur l'homme qui pourrait succéder à Sepp Blatter le 26 février prochain, et notamment qu'il a joué au football en son temps, «pas mal» même, comme milieu de terrain. Qu'il est «un homme d'affaires», aussi, actif «principalement dans l'immobilier».

Quelques-unes de ses réponses interpellent néanmoins, quand on pense que l'enjeu numéro 1 du prochain président de la FIFA sera de faire le ménage au sein de l'institution et de restaurer la confiance qui lui est accordée. Comment finance-t-il sa campagne? «Moi-même.» D'où vient sa fortune? «Je pense que vous posez une mauvaise question. Vous ne parlez pas de football.» Plus anecdotique, le journaliste semble lui révéler – lui remémorer tout du moins – un point de son manifeste, la possibilité d'abandonner le nom «FIFA» pour quelque chose du type «World Football». «J'ai dit cela?», s'interroge le Cheikh Salman. En matière de propositions, il n'évoque guère qu'une séparation entre les aspects «football» et «business» de la FIFA. Maigre? C'est qu'au fond, l'élection ne se jouera pas sur le programme des candidats, mais sur leur capacité à mobiliser un réseau. Rien de bien nouveau. Et c'est peut-être le problème.


Une affiche: Lausanne - Wil

Entretemps, il y aura bien sûr de belles rencontres de Ligue des champions, mais une belle affiche fait déjà saliver les amateurs de football suisse. On ne parle pas de Super League; le championnat est déjà joué depuis longtemps, le premier (Bâle) venant d'ailleurs de battre le deuxième (Grasshopper) sans difficulté (4-0) et en jouant à dix contre onze. Non, samedi, c'est en Challenge League qu'il faudra chercher une rencontre décisive et excitante.

Samedi, à 17h45, le Lausanne-Sport reçoit le FC Wil à la Pontaise. Les Vaudois comptent six points d'avance sur les Saint-Gallois en tête du classement, les deux équipes réalisent un début de deuxième tour parfait et, pour pimenter le tout, le meilleur buteur du championnat (Jocelyn Roux) est passé d'une équipe à l'autre pendant la trêve. Assurément un des moments forts de cette seconde partie de saison.