Juin 1991. L'équipe de France d'athlétisme se trouve en stage de préparation en Bourgogne, avant les Championnats du monde de Tokyo. Comme tous ses confrères et consœurs, la lanceuse de marteau Catherine Moyon de Baecque s'entraîne avec sérieux, dans le but de réussir le meilleur résultat possible – pourquoi pas un podium dans sa discipline? – lors de ce rendez-vous planétaire.

C'est alors que le drame se produit. Quatre de ses homologues masculins – des costauds, évidemment – s'en prennent à elle, l'agressent sexuellement et la violent. Une autre athlète, Michèle Rouveyrol, subira aussi les assauts des voyous. Les coupables s'appellent Raphaël Piolanti, Jean-François Grégoire, Laurent Bettolo et Christophe Epalle. On le sait parce que, contrairement à la plupart des victimes, Catherine Moyon de Baecque a déposé une plainte pénale contre eux. L'affaire est jugée par la Cour d'appel de Dijon, dont le verdict tombe le 19 novembre 1993: les trois premiers nommés sont condamnés à de simples amendes assorties de peines de prison avec sursis, le quatrième est relaxé faute de preuves. Quant au coach national Guy Guérin, lui aussi mis sur la sellette pour «manquement dans son comportement d'entraîneur», il s'en tire avec une sanction administrative.

Quatre ans plus tard, Catherine publie un livre* qui relate l'enfer qu'elle a vécu. Elle y raconte combien son existence a été bouleversée, comment elle a dû abandonner le sport de compétition, après avoir été abandonnée, mise à l'écart, injuriée, voire menacée de mort pour avoir parlé. Et ce alors même que les instances internationales affirmaient leur volonté de «promouvoir la place des femmes dans le sport».

Elle y raconte comment Guy Guérin, entraîneur du seul marteau à l'époque des violences sexuelles commises, a ensuite été promu responsable de tous les lancers (poids, marteau, disque, javelot) par la fédération. Comment les trois coupables et le quatrième accusé ont bénéficié des largesses des autorités sportives. Ainsi ont-ils pu poursuivre leur carrière au plus haut niveau, sans que leurs actes soient dénoncés ou condamnés à l'intérieur du sport français.

En l'an 2000, tandis que Catherine Moyon de Baecque pleurait sa vie brisée, Christophe Epalle, lui, brillait sous les feux des Jeux olympiques de Sydney.

* La médaille et son revers, par Catherine Moyon de Baecque, éditions Albin Michel, 1997.