La foule se pressait samedi pour accompagner vers sa dernière demeure le lugeur Nodar Kumaritashvili dans la station de ski de Bakouriani en Géorgie, où on s’interroge toujours sur la sécurité de la piste des JO de Vancouver qui a vu le sportif trépasser.

Ils étaient environ 2.000 à suivre d’un pas lent le cercueil du jeune homme de 21 ans depuis la maison de sa famille jusqu’au cimetière où il a été enterré dans le sol recouvert de neige de cette bourgade située à 180 km à l’ouest de la capitale, Tbilissi. Tout juste avant, sous un soleil éclatant, les proches de Nodar Kumaritashvili avaient assisté à une cérémonie religieuse chrétienne orthodoxe géorgienne.

Mais au-delà de la tristesse, les proches et les amis du défunt peinaient à cacher leur colère et les reproches qu’ils nourrissent à l’égard des organisateurs des jeux Olympiques, estimant que les mauvaises normes de sécurité sur la piste de luge ont coûté sa vie à Kumaritashvili.

Le lugeur s’est tué lors de la seconde session d’entraînement le 12 février, peu avant l’ouverture des JO. Il a perdu le contrôle de son engin en approchant le dernier virage, où la vitesse peut frôler les 140 km/h. Mais après une enquête, les organisateurs des Jeux et la Fédération internationale de luge (FIL) ont conclu que la piste ne présentait aucune anomalie.

«Que puis-je dire? Ma famille est dévastée. Mais ce que je sais c’est que ce n’est pas de la faute de Nodar», a dit à l’AFP le père du sportif, David, se tenant devant sa maison après les funérailles.

Les organisateurs des JO blâmés

L’entraîneur et oncle de Kumaritashvili, Felix, a lui aussi jugé que la piste était sans aucun doute responsable de la mort de son neveu. «Ce que je peux affirmer, et toute la communauté de la luge dans le monde dit la même chose, c’est que si le bord de la piste avait été plus élevé, Nodar serait avec nous aujourd’hui», a-t-il insisté.

Un des amis d’enfance de Nodar Kumaritashvili, Tengo Kharauli, a expliqué que les gens étaient non seulement en colère contre les problèmes de sécurité de la piste mais aussi contre les organisateurs qui ont rejeté la faute sur le lugeur.

«Ici à Bakouriani, et je pense partout en Géorgie, l’opinion générale est qu’on a perdu Nodar parce que les normes de sécurité n’étaient pas adéquates», a-t-il insisté. «Les organisateurs sont à blâmer, ils n’ont pas garanti la sécurité des athlètes (...) Nous ne pouvons pas ne pas être en colère», a encore accusé Tengo Kharauli.

Tout juste avant l’enterrement, des hauts responsables géorgiens s’étaient rendus à Bakouriani pour présenter leurs condoléances aux proches du lugeur. Le président Mikheïl Saakachvili est venu en personne, serrant dans ses bras Dodo, la mère de Nodar, inconsolable.

En souvenir du lugeur, la rue par laquelle est passée la procession et le cercueil a été rebaptisé du nom de l’athlète, et une nouvelle piste de luge sera construite à Bakouriani, une ville de 1.500 habitants.