Isortoq – Kangerlussuaq. Parcourir les 570 kilomètres qui séparent ces deux points du Groenland, voilà le nouveau défi vers lequel se sont envolés lundi Jean Troillet, Erhard Loretan et Mike Horn.

Les trois aventuriers, qui ont donné une conférence de presse à Genève, comptent sur l'aide du vent pour effectuer la plus grande partie du trajet en kiteski, la version hivernale du kitesurf (autorisée en Suisse). L'idée de battre le record de 11 jours établi l'an dernier par une équipe tchèque n'est pas leur motivation essentielle. «Le but de l'expédition Groenland 2001 est de nous faire plaisir, entre bons amis», confie l'alpiniste valaisan Jean Troillet. «Je ne suis pas un homme obsédé par le chronomètre et les records», glisse son compère fribourgeois Erhard Loretan. Tous deux comptent cependant effacer la frustration qu'ils ont connue après l'échec d'une même tentative l'an passé: les mauvaises conditions météorologiques les avaient alors cloués sur la glace une semaine durant.

Pointes à 90 km/h

Conquis par la beauté du paysage, touché par la gentillesse des Inuits, grisé par les pointes à 90 km/h tracté par un cerf-volant, Jean Troillet a relancé l'idée d'une traversée d'est en ouest du Groenland en kiteski au mois de janvier. Parti seul en 1999, puis avec le Fribourgeois «aux quatorze 8000» l'an dernier, le Valaisan a élargi cette année le groupe des kiteskieurs de l'extrême à Mike Horn, qui s'apprête à vivre sa première expérience dans la région du cercle polaire. «Quand Jean m'a proposé d'être le troisième homme du traîneau, j'ai signé tout de suite… Je me rends au Groenland en touriste, mais c'est aussi l'occasion rêvée de me frotter au froid et d'acquérir les connaissances que me livreront mes deux amis.» C'est qu'après avoir bouclé son tour du monde en équilibre sur l'équateur, le Vaudois d'adoption pense déjà à la préparation de son prochain projet: quatorze mois en solitaire dans le Grand Nord.

Lumière du jour

Techniquement, le trio a mis toutes les chances de son côté pour avoir «le moins possible à marcher»: six jeux de voiles de grandeurs différentes, deux types de skis – une paire de carving et une de fond pour la peau de phoque quand se présenteront des obstacles –, un calendrier a priori propice en terme de météo, ainsi qu'un entraînement et des tests de matériel effectués au col des Mosses jusqu'au moment du départ. Sans oublier le soutien de leurs partenaires respectifs. «Tous les frais de l'opération sont couverts par nos sponsors, se réjouit Jean Troillet. Il est impossible d'évaluer le budget de Groenland 2001, dans la mesure où, à 12 francs suisses la bière et à 250 francs la nuit d'hôtel par personne, quelques jours d'impossibilité de sortie influeront grandement sur la facture.»

En matière de sécurité, seule l'apparition d'un ours polaire semble pouvoir troubler la sérénité de l'équipe. «Nos provisions – de la nourriture lyophilisée – nous donnent une autonomie de trois à quatre semaines. La lumière du jour sera présente 24 heures sur 24», explique Jean Troillet. «Cette expérience sera ludique. Et ce ne sont pas les 20 degrés au-dessous de zéro qui gâcheront notre plaisir», insistent les trois aventuriers.