Tennis

Trois instantanés suisses à l’Open d’Australie

Stan Wawrinka qui perd, Timea Bacsinszky qui gagne, Roger Federer qui ne vient pas. Récit d’une journée contrastée à Melbourne

Le court N° 16 est niché au fond d’une impasse. Il est bordé par une zone technique interdite au public d’un côté, la voie ferrée de l’autre, surplombé par une passerelle et, plus loin mais immense, la silhouette du Melbourne Cricket Ground. Roger Federer l’a réservé de 15h à 17h pour son entraînement. L’info a circulé. A 14h30, le secteur est déjà bondé, passerelle comprise. C’est un public très féminin et très asiatique qui est venu voir son idole. Les plus fervents, agglutinés à la barrière depuis sans doute des heures, ressemblent aux premiers rangs des concerts de pop music. A 14h58, un timide clapping trahit l’impatience générale. Le Suisse sera-t-il ponctuel? A 15h15, toujours pas de Federer. Sur le court voisin, le Grec Stefanos Tsitsipas tape des balles pour le seul bonheur de quelques connaisseurs. A 15h18, un agent de sécurité fait ranger drapeaux (suisses) et banderoles qui pendent au-dessus des publicités. C’est bon signe, pense le public.

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Une beauté asiatique se remet un peu de rouge sur les lèvres, lisse une dernière fois ses cheveux, mais c’est la pluie qui vient doucher les enthousiasmes. Ce n’est pas tant d’être mouillé (la touffeur devenait pénible) que de voir le court devenir impraticable qui accable les spectateurs. La pluie ne dure pas mais le miroir bleuté qui s’est formé en surface persiste. Peu partent. Quelqu’un chante «Roger, Roger» et est aussitôt repris, sauf par l’intéressé. Du balcon (on est au théâtre, après tout), un autre demande des nouvelles. «Si la pluie ne reprend pas, il devrait venir», répond un accrédité muni d’un walkie-talkie. Mais la pluie reprend. Bras tendu au-dessus de ses voisins, une femme déploie son parapluie de poche comme on lance une fusée de détresse. Cette fois, les gens s’en vont. Parmi eux, il y a Stephan, un jeune Allemand venu de Bali pour voir Federer. La veille, il avait un billet pour la night session alors que son héros était exceptionnellement programmé l’après-midi. Il a encore un billet, celui de la dernière chance, pour dimanche. A moins que Federer ne perde vendredi contre Taylor Fritz.

Wawrinka et les jeux décisifs

On fait dans la démolition dans la Rod Laver Arena, où Stan Wawrinka et Milos Raonic s’envoient des parpaings avec constance. Les voici dans le jeu décisif du troisième set. Il faut préciser parce que les quatre manches se sont jouées au tie-break. Wawrinka a gagné le premier 7-4, Raonic le deuxième 8-6 et aucun ne veut lâcher le troisième, qui s’éternise. C’est un festival d’aces et de services gagnants. A partir de 6-5, les deux joueurs prennent alternativement les devants. Tout se joue au service, mais les balles de set se présentent toujours sur le service adverse. La maîtrise nerveuse est impressionnante alors que le score s’enfonce dans l’inconnu: 8-7, 8-9, 10-9, 10-11. Qui craquera le premier? Wawrinka, sur un coup droit dans le filet à 11-11, donne enfin à Milos Raonic l’occasion qu’il espérait: servir pour le set. Il ne se fait pas prier, et met fin (13-11) à un tie-break de 19 minutes. Une heure plus tard, il boute le Vaudois hors du tournoi (6-7 7-6 7-6 7-6). «C'est dur, frustrant, mais si je me détache du résultat, je dois être content de mon niveau», resitue Wawrinka.

La longue attente de Bacsinszky

Timea Bacsinszky était presque qualifiée pour le troisième tour lorsque la pluie s’est mise à tomber. Elle menait 6-2 6-5 face à la jeune Russe Natalia Vikhlyantseva, service à suivre. Elle a dû attendre une heure et onze minutes avant de le jouer. «D’abord assise sur une chaise, pendant vingt minutes, raconte-t-elle. Lorsque l’arbitre nous a enfin autorisées à rentrer au vestiaire, je me suis changée, j’ai mangé quelque chose et j’ai écouté de la musique en gardant un œil sur la caméra de surveillance du court N° 20 pour voir comment ça évoluait. Je n’ai pas eu peur de cette coupure. Je tenais bien mon service, je bougeais bien les jambes, j’étais très juste tactiquement face une joueuse à la frappe de balle exceptionnelle.» A 16h29, Timea Bacsinszky sert pour le match. Une minute plus tard, elle est victorieuse au long cours.

Au tour précédent: Wawrinka et Bacsinszky sauvés des os

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