La voix est légèrement déformée par le téléphone satellite, mais on reconnaît quand même le joyeux luron qu'est Stève Ravussin. «Ça va nickel! J'ai un peu d'alizé, je suis sous Gennaker (voile d'avant) avec un Ris (ndlr: réduction de la surface de la grand-voile exposée au vent). C'est tranquille! Et en Nouvelle-Zélande, ça va? Il faut me mettre une bière de côté, je vais venir en janvier ou février.»

Le Vaudois a toujours son sens de l'humour, malgré le stress de cette Route du Rhum qu'il mène depuis plusieurs jours, mais qui n'est pas terminée. «Je ne prends pas trop de risques en allant un peu cool.» Alors, heureux? «Oh la la, je ne pouvais pas rêver mieux, je suis au paradis. Quand tu dépenses autant d'énergie pour être au départ d'une course comme ça, ça fait plaisir de voir que ça rapporte. Il n'y en a pas beaucoup qui ont grillé autant d'énergie que moi.»

La bonne option météo

C'est une option météo, soit le choix d'une route plus au nord, qui a payé et propulsé Stève en tête de la plus célèbre des transats en solitaire. Une option nord dont il avait parlé avec Franck Cammas avant le départ, et que Laurent Bourgnon, qui lui a donné des coups de main pour son routage, trouvait bien. «Je ne pensais pas que ça allait marcher autant. En quelques heures, j'avais rattrapé mon retard avant que les autres ne cassent. Ça a payé et m'a évité le gros de la dépression. Par cette route nord, je voulais aussi éviter une mer trop cassante, car mes flotteurs n'auraient pas résisté.»

«J'ai mis le charbon»

Ravussin aime foncer dans la vie comme sur les bateaux. Il n'hésite pas à allumer. «J'ai mis le charbon», avoue-t-il avec un petit rire. A l'arrivée, ce sera la fête. «J'ai trente copains de Suisse qui viennent. Ils ont loué une maison. Ça va être de la folie.» Stève Ravussin a le sens de l'amitié et beaucoup de potes. Ici, à Auckland, il a aussi de nombreux supporters. Dimanche soir, alors qu'Alinghi fêtait sa qualification en demi-finale de la Coupe Louis-Vuitton, le téléphone est passé de mains en mains. Russell Coutts, Ernesto Bertarelli, Bertrand Cardis, tous lui ont dit un petit mot pour l'encourager: «C'était sympa», avoue le «gros Ravuss», comme l'appelle Laurent Bourgnon. Qui, lui aussi, ira l'accueillir à Pointe-à-Pitre, comme le Vaudois l'avait fait en 1994 pour celui qui deviendra double vainqueur de l'épreuve.