On le sent au timbre de sa voix malgré les miliers de kilomètres qui la sépare de la Suisse: Sylviane Berthod rayonne. La Valaisanne interrompt fréquemment la conversation téléphonique d'un «Merci!» qui ne nous est pas adressé. «Excusez-moi, se croit-elle alors obligée de préciser. Je suis dans la rue et les gens se portent tous à ma hauteur pour me féliciter.»

Sylviane Berthod n'a pas volé les compliments qui lui sont adressés ce jeudi. Elle vient en effet de prendre la troisième place de la descente féminine de Coupe du monde d'Åre, en Suède. Derrière l'Allemande Hilde Gerg et l'Italienne Isolde Kostner. Un exploit auquel elle n'osait plus rêver depuis le 18 décembre 1999. Ce jour-là, la skieuse de Salins avait été victime d'une chute lors de l'une des deux descentes de Saint-Moritz. Corollaire: un déchirement du ligament croisé du genou gauche. Bien qu'opérée, elle n'avait jamais pu retrouver depuis le niveau qui était le sien avant l'accident. Son cerveau lui commandait une certaine retenue. Contre laquelle elle tentait tant bien que mal de lutter. De prestations en demi-teinte en contre-performances, l'état psychique de Sylviane Berthod n'a ainsi cessé de s'altérer. «Je ne parvenais plus à transmettre aux skis ce que je ressentais dans mon corps. Je me posais des questions. Je me demandais ce que je faisais juste ou faux. Quand la technique et le matériel vont bien et que la tête ne suit pas, rien n'est possible.»

La Valaisanne l'a toujours dit: elle n'entendait pas s'en sortir autrement que par elle-même. Pas question d'avoir recours aux services d'un psychologue. «Je savais que tout finirait par redevenir normal, mais je voulais que cela se fasse très rapidement. Je prends conscience aujourd'hui seulement que j'ai été beaucoup trop exigeante avec moi-même.» Elle ajoute: «Ce matin (n.d.l.r.: hier), en montant au départ de la course, je me suis livrée à un petit calcul sur le télésiège. Après mon accident, il m'a fallu sept mois de rééducation. Cela fait donc sept mois et demi seulement que j'ai recommencé à skier. Je suis donc stupide de m'être mis en tête que ça n'allait pas assez vite. Parce qu'être revenue parmi les meilleures en si peu de temps représente un joli exploit.»

Sylviane Berthod n'a cependant pas attendu Åre – ou s'achèvera dimanche la saison 2000-2001 – pour commencer à se rassurer. Le 25 février dernier, en décrochant la 9e place du super-G de Lenzerheide, elle avait en effet connu un premier signe d'embellie. «Je ne peux pas dire ce qui a provoqué le déclic. Je n'ai rien changé à ma manière de m'entraîner, de skier. J'ai continué à travailler dur, à enchaîner les courses. J'ai beaucoup discuté avec mes entraîneurs. A bien y réfléchir, c'est le temps et lui seul qui m'a permis de m'en sortir. Notez qu'il est facile de dire cela maintenant.»

Voilà donc la spécialiste suisse des disciplines de vitesse replacée sur les rails de la sérénité. «Mon podium d'Åre me permet de retrouver le premier groupe de la descente. Cela signifie que, la saison prochaine, je vais m'élancer parmi les meilleures. Je devrai m'accrocher à ce bon wagon et ne pas le laisser partir sans moi comme cet hiver.» Une situation qui va provoquer quelques changements dans le prochain entraînement estival de Sylviane Berthod. «L'été dernier, ma préparation a démarré en retard en raison de ma blessure et j'ai dû tout faire à la va-vite. Je n'ai jamais pu me concentrer sur les détails. Ce qui ne sera pas le cas ces prochains mois puisque je vais pouvoir intégrer l'équipe dès le début.»

Avant l'été 2001, Sylviane Berthod a toutefois encore quelques échéances à honorer. La première est programmée pour ce vendredi, avec le super-G féminin d'Åre. Et si le petit bout de femme de Salins qui n'aime rien tant que les sports à risque tels que le saut à l'élastique ou le karting nous réservait une nouvelle surprise? Finalement, elle en est bien capable.