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Le bonheur tranquille de Marco Trungelliti après sa victoire au premier tour sur Bernard Tomic.
© Alessandra Tarantino/AP Photo

Tennis

Trungelliti, voyageur au long court

Repêché dimanche, ce modeste joueur argentin a fait dix heures de voiture depuis Barcelone pour venir battre l’Australien Bernard Tomic au premier tour de Roland-Garros (6-4 5-7 6-4 6-4)

Un ace pour conclure, comme si tout cela était finalement si simple. Mais que sont trois heures de tennis quand on vient de faire dix heures de voiture pour se présenter sur le court?

Jean-Luc Godard rêvait de tourner un film sur le tournoi de Roland-Garros en s’attachant à un joueur inconnu issu des qualifications. La caméra l’aurait trouvé dans son petit hôtel, accompagné dans le métro, montré durant son match puis suivi au deuxième tour s’il avait gagné ou laissé en plan (pour son vainqueur) s’il avait perdu.

Ce scénario resté à l’état de projet a pris vie ce week-end. Signe des temps, il a été «tourné» (en boucle) sur les réseaux sociaux. On y voit Marco Trungelliti, 28 ans, 190e joueur mondial, tignasse bouclée, embarqué dans un road movie familial aux allures de course contre la montre, son frère André au volant, sa mère Susana et sa grand-mère Dafnéa encombrées à l’arrière d’un énorme sac. En quelques heures, une dizaine de péages et des centaines de retweets, la bonne bouille de cet Argentin est devenue le visage de tous les figurants du tennis professionnel, obscurs mais passionnés, qui ne ménagent ni leur peine ni leur temps.

Une hécatombe de forfaits

Les tournois du Grand Chelem sont précédés d’un tournoi qualificatif, nettement moins suivi, moins doté et moins médiatisé mais tout aussi âpre, dans lequel les joueurs pas assez bien classés pour entrer directement dans le tableau principal se disputent les 16 dernières places. Ceux qui échouent au dernier tour peuvent espérer profiter d’un forfait pour être repêchés, selon l’ordre décroissant de leur classement et à condition d’être restés sur place. Bon an mal an, deux ou trois joueurs obtiennent ainsi un strapontin. On les appelle alors les lucky losers (les perdants chanceux).

Battu jeudi 24 mai sur le court No 14 par le Polonais Hubert Hurkacz, l’Argentin Marco Trungelliti était neuvième sur la liste des repêchables. Ses chances de rentrer dans le tableau étant très inférieures à celles du prince Harry de monter sur le trône d’Angleterre (sixième dans l’ordre de succession), il quitta Paris vendredi pour rejoindre sa mère et sa grand-mère, en vacances à Barcelone.

Et puis les forfaits ont commencé à tomber comme les gendarmes au marché de Brive-la-Gaillarde. Six, samedi soir, à la veille des premiers matches. Cette hécatombe s’explique. Depuis cette année, les tournois sont plus sévères envers les joueurs blessés qui se présentent tout de même pour empocher la prime (40 000 euros) et abandonnent après quelques jeux. Désormais, celui qui se retire avant le tournoi est assuré de partager la prime avec celui qui prend sa place, une mesure incitative qui ne lèse personne, et surtout pas le public.

Une douche, un café et départ!

Dimanche matin, le Serbe Viktor Troicki renonçait à son tour. Une aubaine pour l’Egyptien Mohamed Safwat, expédié à sa place dimanche sur le Central, où il fit bonne figure devant le Bulgare Grigor Dimitrov. Et puis Nick Kyrgios, blessé au coude depuis plusieurs semaines, jeta l’éponge, et là l’affaire prit un tour singulier: aucun joueur repêchable n’était resté à Paris. Le mieux classé des viennent-ensuite, l’Indien Prajnesh Gunneswaran, s’était déjà inscrit dans un Challenger à Vicenza. Le neuvième sur la liste des lucky losers, Marco Trungelliti, était à la plage et dégustait un asado.

La famille avait loué une voiture pour visiter les environs de Barcelone. Le temps d’une douche et d’un café, ils embarquèrent tous, destination Paris. «On s’est décidé en cinq minutes. Je n’avais pas encore défait mon sac. Je me méfiais des grèves dans les gares et les aéroports, alors on a pris la voiture. Pour nous, ce n’est rien. Je viens de Santiago del Estero, dans le nord du pays. On est habitué à rouler 500 kilomètres avant de tomber sur une ville, et sur des routes beaucoup plus dangereuses que les autoroutes européennes.» Marco Trungelliti arriva à 23h50, précédé par le buzz. «J’ai dormi cinq heures, à 7h30 je suis reparti pour venir au stade et signer la feuille de présence.» Son match était programmé en premier, 11h tapantes sur le court No 9. Il s’y présenta à l’heure et dut… attendre son adversaire.

Tomic le contre-exemple

Qu’il s’agisse en l’occurrence de Bernard Tomic était assez savoureux. L’Australien est l’un des joueurs les plus cordialement détestés du circuit. Ex-grand espoir du tennis mondial, il est aujourd’hui, à 25 ans, retombé au 204e rang à l’ATP. Peu lui en chaut; il ne rate jamais une occasion de dire à quel point le tennis l’indiffère, et qu’il préfère compter ses millions. C’est sans doute une posture, qui cache on ne sait quels tourments intérieurs. Il a d’ailleurs dû passer par les qualifications, preuve qu’il tenait tout de même à être là.

Mais Tomic, taillé pour les surfaces rapides, n’avait pas les armes pour s’opposer à son adversaire. Tennistiquement, Trungelliti est aussi le genre à préférer les filières longues à la voie directe. «Je savais qu’il n’était pas un spécialiste de terre battue. J’ai bien joué, j’étais relax.» Sa grand-mère beaucoup moins. «Elle va allumer un cierge à l’église chaque fois que je joue, mais elle ne vient jamais au stade et ne comprend pas trop le tennis. C’est en voyant les gens se lever à la fin qu’elle a compris que j’avais gagné.»

Mercredi, la coqueluche de ce début de tournoi affrontera au deuxième tour l’Italien Marco Cecchinato (72e mondial), avec la ferme intention de prolonger son voyage parisien. Détail qui a son importance: la voiture a été louée à Barcelone avec l’option «kilométrage illimité».

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