Le championnat turc de football a repris ce week-end. Johan Djourou est, lui, arrivé il y a quelques jours seulement à Antalya. Le défenseur de 30 ans vient d’être transféré au club local, Antalyaspor. Le voyage entre Hambourg et la grande ville touristique du sud de la Turquie aura été plus long que les quelque 3000 kilomètres à vol d’oiseau qui les séparent. Certaines rumeurs l’ont envoyé à Sheffield, où il aurait même passé une visite médicale. Auparavant, il a aussi été pressenti à Montpellier, tandis qu’un premier club turc, Trabzonspor, formulait une offre très alléchante au Genevois d’origine ivoirienne.

Il n’est pas impossible que cette première opportunité ait déjà incité Djourou à rejoindre la Turquie. Il aura alors réalisé que rejoindre ce gigantesque pays de plus 80 millions d’habitants avait certains avantages. La cuisine y est délicieuse. Le nord du pays a des paysages ressemblant aux Alpes suisses. Le sud est connu pour un climat plus qu’agréable. Les plages sont jolies. A quelques heures d’Antalya se trouvent même de magnifiques sites de plongée. Tout cela a forcément pesé dans la balance. Le contexte financier a peut-être fini de le convaincre. Car les clubs turcs détiennent une arme imparable: les moyens de surenchérir.

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En France, les clubs de football sont imposés à 50% environ. Le chiffre monte jusqu’à 60% en Suède. En Turquie, il ne s’élève qu’à 15%, ce qui en fait un véritable paradis fiscal du football. Pas besoin d’être un spécialiste ou un mathématicien pour comprendre: l’argent que les clubs turcs économisent sur leurs impôts, ils peuvent le verser aux joueurs sous forme de salaire.

Complexe d’infériorité

Les nouveaux coéquipiers de Johan Djourou Samuel Eto’o et Jérémy Ménez, mais aussi Robin Van Persie, Emmanuel Adebayor, Asamoah Gyan ou encore Pepe ont tous été attirés en Turquie entre autres grâce à cet avantage fiscal qu’aucun pays en Europe ne possède. Pour un président de club, faire venir de telles stars est synonyme de gloire personnelle. Et les fans sont aux anges. Peu d’entre eux iront taper dans Google le nom du nouveau venu étranger pour connaître son palmarès. Le fait de porter un nom étranger suffit presque à garantir que le nouveau venu est un Ronaldo, un Zidane ou un Messi.

Le championnat de football turc souffre d’un complexe d’infériorité. Le joueur qui vient d’ailleurs serait forcément meilleur. Par le passé, certains footballeurs étrangers avaient flairé le filon et exploité le système: les connaisseurs se rappelleront peut-être de Kolbeinn Sigþórsson, arrivé à Galatasaray en 2016 depuis Nantes. Sans avoir joué une seule minute, mais en ayant encaissé une partie du salaire promis, il a quitté la Turquie presque aussi vite qu’il y était arrivé. La cause: une blessure, visiblement masquée lors de l’arrivée du joueur. Eh oui, les Turcs se laissent parfois réellement éblouir par l’étiquette de «yabanci» (étranger).

Johan Djourou, comme les autres, aura tout le loisir de faire ses preuves dans un contexte favorable: les Turcs sont joviaux, passionnés de football et, surtout, ils adorent les étrangers. Surtout s’ils font quelques efforts d’intégration.

Pascal Nouma, une icône

Merhaba (bonjour), teşekkürler (merci) et nasılsınız? (comment ça va?): le joueur qui apprend à articuler ces trois mots sera très vite adulé. Pascal Nouma avait quitté Lens en 2000 pour rejoindre l’un des clubs d’Istanbul, Beşiktaş. Il est devenu une célébrité en Turquie et en 2015, douze ans après avoir fini de jouer avec Beşiktaş, sa notoriété était encore telle qu’il a participé à la version locale de Koh-Lanta.

En ce moment, il s’affiche dans toutes les rues du pays dans une publicité pour une marque de boissons non alcoolisées. Sa nationalité française lui a permis de rejoindre le club turc, mais ce sont ses péripéties hors terrain qui l’ont rendu vraiment célèbre en Turquie. Car les habitants sont très friands de frasques et de presse à scandale. Tout comme de médias sociaux.

Sur le papier, le transfert de Johan Djourou semble donc parfait. Tant pour le joueur lui-même, qui a dû réussir une belle opération financière, que pour le club d’Antalyaspor, qui comptera dans ses rangs un défenseur au profil exotique et augmentera son capital sympathie avant même le début du championnat. Nul doute que la qualité de jeu de Djourou fera le reste et il y a fort à parier qu’il sera l’un des joueurs préférés des Turcs durant la saison 2017-2018, pour peu qu’il se plie à ce petit guide de survie: 1) être actif sur les médias sociaux; 2) apprendre une vingtaine de mots en turc; 3) ne pas s’énerver lorsque les gens ont trente minutes de retard – c’est systématique.


Lignes de sueur, le blog de Coraline Chapatte hébergé par Le Temps.