Boomerang: objet volant bien identifié. Signe particulier: produit un effet du même nom, caractérisé par une ahurissante propension à revenir dans les incisives de l’expéditeur. Des millénaires que ça existe. Une seule parade, la prévention: ne jamais rien lancer en l’air de torve car on récolte souvent ce qu’on sème… A propos de plantations, certaines thèses rendent hommage à la polyvalence du boomerang, aussi mentionné comme un outil à retourner la terre. Pour ceux qui ont dû l’avaler un jour de disgrâce, Boomerang, c’est enfin le plus infâme des navets qui se coudoient dans la filmographie d’Eddie Murphy, blêmes à mourir et rendant pour seul jus le suint d’une crasse ineptie.

Pourquoi, objecterez-vous à ce stade de l’exposé pour peu que vous ne soyez passionnés ni par la balistique, ni par l’agriculture australe, ni par le digne héritier de Clark Gable – ce qui, soit dit en passant, dénoterait une regrettable fermeture d’esprit –, pourquoi, fichtre, objecterez-vous donc, offrir une telle exposition médiatique à un objet certes conçu avec malice, mais rigoureusement prohibé sur les rives de nos lacs pour des motifs de sécurité? Pourquoi diantre ergoter des plombes sur un morceau de bois – ou d’ivoire selon les contrées –, qui peut faire si mal et ce sans prévenir?

Parce que le FC Sion ne va pas bien. Effet boomerang… Après avoir plastronné tant et plus, défié les yeux dans les yeux les instances du foot suisse et international, Christian Constantin voit se profiler la note, sévère. En attendant les dédommagements qu’il dit toujours briguer, le bravache rumine. Il peut s’inquiéter, même s’il ne le montrera jamais. Son équipe, cabossée de partout pour reprendre l’image brandie par Rolland Courbis, sauveur de l’éphémère, trouvera-t-elle le ressort nécessaire pour sauver sa peau en Super League? On le souhaite, mais on s’inquiète.

Au carrefour du drame et de la gaudriole, la saison 2011/2012 du FC Sion confine au génie. Au grotesque aussi. C’est du Ubu dans le texte. «Il n’a aucune tare ni au foie, ni au cœur, ni aux reins, pas même dans les urines!» écrivait Alfred Jarry à son épouse au printemps 1906, à propos de son héros. «Il est épuisé, simplement, et sa chaudière ne va pas éclater mais s’éteindre. Il va s’arrêter tout doucement, comme un moteur fourbu.»

Alfred Jarry mourra d’une méningite tuberculeuse six mois plus tard. Retour de boomerang. On souhaite évidemment un destin plus rose au FC Sion et à son président, personnage de théâtre et nécessaire trublion du foot suisse. Mais on s’inquiète.