La moustache a mis un peu de sel dans son poivre, la silhouette s'est à peine épaissie et le prénom a perdu un «l» en chemin. Sinon, Uli - pour Ulrich - Stielike reste Uli Stielike: un homme de classe, un perfectionniste acharné, un type qu'on apprend vite à respecter sur un terrain. Celui qui fut l'unique joueur étranger du Real Madrid entre 1977 et 1985 est aujourd'hui entraîneur au FC Sion. Et ce mardi matin du côté de la Porte d'Octodure, à quelques encablures du déplacement à Aarau qui marque ce samedi l'entrée en lice des Valaisans en Super League, l'Allemand scrute ses ouailles. «Plus vite, plus vite sur le ballon, il faut changer de mentalité!», lance-t-il à un quatuor poussif.

Un vent nouveau pourrait souffler sur Tourbillon. Après avoir changé dix fois de coach en trois ans, le président Christian Constantin serait, dit-on, en passe d'adoucir ses méthodes expéditives. «Pour installer une équipe en haut, il faut de la continuité», rappelle Stielike de sa voix rauque. «Si tu changes d'entraîneur tous les trois ou quatre mois... J'espère que les résultats nous offriront une bonne base, qu'on pourra vite regarder un peu plus loin que cet hiver. Parce qu'il y a beaucoup de travail à effectuer à tous les niveaux du club.»

Tout comme son adjoint Claude Mariétan, qui œuvrait déjà à ses côtés sur le banc de Neuchâtel Xamax au début des années 1990 puis, plus récemment, sur celui de la sélection ivoirienne, Uli Stielike apporte beaucoup d'importance à la formation des jeunes talents. Ça tombe bien: ce secteur, qui a longtemps fait la richesse des Sédunois, était négligé ces dernières saisons. A terme, celui qui a dirigé plusieurs années durant les sélections juniors allemandes souhaite d'ailleurs dégraisser un contingent pléthorique pour faire place aux forces vives du cru: «En signant, j'ai accepté de travailler avec ce qu'il y a sur place», explique-t-il. «Mais le président sait, tout comme moi, qu'un groupe de vingt-deux professionnels suffirait. Là, nous en payons six de plus. Et ce n'est pas facile de dégager une harmonie. Nous devrons équilibrer l'équipe en vue de la saison prochaine.»

Refaire du centre de formation un creuset à champions, redonner une identité valaisanne au club et, accessoirement, obtenir des résultats dans les plus brefs délais avec la première équipe: tels sont les objectifs que se fixe l'ancien sélectionneur de l'équipe de Suisse. Lui qui a collectionné les titres en tant que joueur au Borussia Mönchengladbach, au Real puis avec Xamax, n'a pas encore connu le succès dans la peau d'un coach. Les trophées vous manquent-ils, monsieur Stielike? Regard interloqué, sourire en coin: «Je comprends que ceux qui n'ont jamais soulevé de coupe courent après ça mais moi, j'ai été au top partout où je suis passé et je n'ai pas forcément l'ambition de retrouver ce niveau. Je peux me contenter de moins. Et quand je vois les progrès effectués par des jeunes comme Crettenand depuis cinq semaines, j'éprouve beaucoup de plaisir. Maintenant, s'il y a un trophée au bout de ces trois ans, je suis d'accord.»

Fils d'un camionneur et d'une ouvrière en usine, Uli Stielike est toujours resté attaché à certaines valeurs: abnégation, discipline, rigueur. Et le drame qui l'a frappé le 1er février dernier - son fils Michael est décédé à l'âge de 23 ans des suites d'une fibrose pulmonaire - n'a fait que renforcer les exigences qu'il inflige à lui-même et aux autres. A ce propos, il confie: «Mon fils s'est battu mais il n'a pas eu la chance de s'en sortir. Moi qui ai toujours beaucoup voyagé et gardé les yeux ouverts, je sais que nous sommes privilégiés de pratiquer ce métier. Et je n'accepte pas qu'un joueur veuille arriver en haut sans donner le meilleur de lui-même pour y parvenir.»

«Respecter les gens», «savoir prendre des décisions très dures», «mouiller le maillot», «comprendre ce que signifie le FC Sion pour son public et le Valais tout entier»... Les mots de l'Allemand sont simples, mais ils pèsent lorsqu'ils les prononcent.

«Uli est un entraîneur et un homme de très grande qualité. Le connaissant, il est déjà 100% valaisan dans sa tête. Pour moi, le FC Sion a frappé un gros coup», présage Claude Ryf, son ancien coéquipier xamaxien, avant de fouiller dans ses souvenirs. «Je suis arrivé à Neuchâtel dans la même charrette que lui en 1985, avec Heinz Hermann et Carsten Nielsen», reprend le Vaudois. «Avant le premier entraînement, on se demandait tous ce qu'était un joueur mondial. On a vite eu la réponse... Sur le terrain, il avait toujours tout juste. S'il a mal négocié trois ballons en trois ans, c'est un maximum. C'était une bête de volonté. Et je me rappellerai toujours son retour à Madrid, en Coupe de l'UEFA. Le stade était plein, il y avait une effervescence hallucinante autour de lui. Les gens lui ont réservé un accueil fou et au bout de deux minutes, il posait un tacle énorme sur un Madrilène pour mettre les choses au clair. Il a terminé le match sous les sifflets tellement il s'est battu.»

Si Uli Stielike parvient à faire en sorte que «son» FC Sion lui ressemble, le club valaisan pourrait vivre une formidable saison pour fêter dignement son centième anniversaire.