«Il y a des matches qui ont un destin particulier, avec des choses qu'on ne maîtrise pas, comme le coup de canon d'Adriano, à la 11e minute. Il faut rester serein. La meilleure équipe du monde était en face de nous.» Beau joueur, José Pekerman, entraîneur de l'Argentine, saluait mercredi soir l'éblouissante sélection brésilienne qui venait d'étouffer son équipe (4-1) en finale de la Coupe des confédérations, à Francfort.

A un an du Mondial, la Seleção, aujourd'hui détentrice d'une triple couronne (Coupe du monde de 2002, Copa America 2004 et Coupe des confédérations 2005) s'est positionnée comme la grandissime favorite de l'épreuve de 2006, qui se déroulera en Allemagne (et pour laquelle les «jaune et vert» doivent encore se qualifier…). «Quand le Brésil joue à ce niveau, aucune équipe ne peut le battre», a estimé Franz Beckenbauer, président du comité d'organisation de la Coupe des confédérations et du Mondial 2006. Mercredi, face à l'Argentine, les attaquants brésiliens Adriano (deux buts), Kakà et Ronaldinho (un but chacun) ont rivalisé de génie, portant le niveau de la rencontre à des sommets de technicité et de spectacle. Outre d'incroyables qualités offensives, l'équipe de Carlos Alberto Parreira a aussi démontré de remarquables vertus défensives, à l'image de Cicinho, l'arrière-attaquant de São Paulo, qui a certainement été la grande révélation du tournoi.

Pour sa 3e édition (après 1997 et 2001), la Coupe des confédérations, retransmise dans 170 pays, aura offert des rencontres palpitantes, suscitant un engouement inattendu. «Cette compétition a d'abord été considérée comme un parent pauvre; en Allemagne, elle a acquis ses titres de noblesse», a relevé Sepp Blatter, président de la FIFA. Près de 574 000 des 620 000 billets disponibles ont été vendus, ont indiqué les organisateurs, qui ne tablaient que sur 420 000 entrées. «Dans les stades, nous avons rencontré une fantastique atmosphère. On y sentait la joie pour la Coupe du monde à venir», s'est réjoui Jens Grittner, porte-parole du comité d'organisation.

Pour le Brésil, comme, du reste, pour l'Allemagne et l'Argentine, cette compétition avait valeur de test avant la Coupe du monde de 2006, que chacune de ces nations ambitionne de remporter: «Cette épreuve était importante. J'ai pu tester des joueurs. Ce n'est pas qu'un titre, c'est intéressant pour l'avenir», a déclaré Carlos Alberto Parreira, le sélectionneur du Brésil. «Pour nous, il était très important de gagner la Coupe des confédérations, en guise de préparation à la Coupe du monde qui aura lieu l'an prochain», s'est également félicité Adriano, meilleur buteur et meilleur joueur du tournoi, où le Brésil s'est assuré de la profondeur de son banc: en l'absence de Cafu, Roberto Carlos et Ronaldo, laissés au repos, ou encore Alex et Ricardinho, blessés, la Seleção a dominé coup sur coup l'Allemagne (3-2 en demi-finale) et son grand rival sud-américain.

Côté argentin, le sélectionneur José Peckerman, trois fois champion du monde avec l'équipe junior, présente son travail avec l'équipe nationale comme un projet en devenir. Le coach veut croire que ses joueurs de pointes, tels Saviola, Sorin, Riquelme ou Aimar disposent encore d'une marge de progression. «Nous avançons par étapes. Regardons l'avenir. Nous avons prouvé que nous pourrons démontrer de grandes choses l'année prochaine», a lancé Peckerman, malgré une mémorable défaite.

Quant à la «Mannschaft», troisième de la compétition, elle aura rassuré ses supporters et relancé ses actions en vue du Mondial 2006. Le football allemand était traumatisé après l'échec de ses représentants à l'euro portugais et la démission de son patron très populaire, Ruedi Völler. La nomination à la tête de l'équipe nationale d'un ancien joueur brillant et titré – Jürgen Klinsmann – avait d'ailleurs été accueillie avec froideur et méfiance. Opiniâtre, Klinsmann a procédé à un rajeunissement radical de l'équipe. Autour de valeurs mondiales confirmées comme Michael Ballack et Oliver Kahn, l'entraîneur allemand a titularisé plusieurs jeunes talents qui ont faim de victoires et rêvent d'être consacrés stars. Bastian Schweinsteiger, 20 ans (Bayern Munich); Robert Huth, 20 ans (Chelsea); Per Mertestecker, 20 ans (Hanovre); Lukas Podolski, 19 ans (Cologne); Mike Hanke, 21 ans (Schalke): les cinq «Klinsmannboys» ont littéralement explosé lors de la Coupe des confédérations. Leur réussite a déclenché une vague d'enthousiasme pour le renouveau du foot germanique que l'on sentait essoufflé depuis plusieurs années. Dans douze mois, l'Allemagne voudra le titre, et rien d'autre. Pour la première fois depuis longtemps, le pari ne semble plus si fou.